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26/08/2017 18:00 EDT | Actualisé 26/08/2017 18:20 EDT

Colombie: les Farc passent des armes à la lutte politique

Après plus de 50 ans de rébellion et un accord de paix historique, les Farc laissent derrière elles la lutte armée pour se convertir en parti politique, à l'issue de leur congrès qui s'ouvre dimanche à Bogota.

Venus des anciens fiefs de ce qui fut la plus puissante guérilla des Amériques, un millier de délégués doivent se prononcer cette semaine sur la ligne et le nom de ce nouveau mouvement de gauche.

"Nous allons définir les caractéristiques du parti politique que nous aspirons à construire, sûrement sa structure et, logiquement, nommer sa direction nationale", a déclaré à l'AFP Carlos Antonio Lozada, un des chefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Réunis jusqu'à jeudi, les représentants des ex-guérilleros, qui ont fini de déposer les armes le 15 août, et des miliciens (les collaborateurs civils des Farc), devraient aussi désigner leurs candidats aux élections de 2018.

Puis le parti sera publiquement lancé vendredi au coeur de Bogota, avec un grand concert sur la place Bolivar, haut lieu de la politique colombienne où se trouve le Parlement et, à deux pas, le palais présidentiel Casa de Nariño.

- Débat sur l'identification révolutionnaire -

L'un des débats attendus du congrès portera sur le nom du parti. Selon Ivan Marquez, négociateur de la guérilla aux pourparlers de paix menés pendant quatre ans à Cuba, il s'appellera "sûrement" Force alternative révolutionnaire de Colombie, ce qui permettrait de préserver son identification.

Mais cette idée n'a pas été reprise dans une consultation lancée sur Twitter par le chef suprême de la rébellion, Rodrigo Londoño, alias Timoleon Jimenez ou "Timochenko". C'est le nom de Nueva Colombia (Nouvelle Colombie) qui l'a emporté avec 36% des 10.387 votes.

Pour l'analyste Frédéric Massé, les Farc sont confrontées au "défi" de montrer que "non seulement elles sont capables de rester fidèles à leurs revendications, mais aussi de s'ouvrir à un électorat un peu plus large".

"Ce dilemme se reflète dans le débat sur le nom du nouveau parti politique: certains veulent garder le mot de +révolutionnaire+, d'autres voudraient changer pour montrer que c'est un nouveau départ", a ajouté ce professeur de l'université Externado.

Pendant le congrès, les chefs des Farc feront aux délégués un point sur l'état d'application de l'accord de paix, signé fin novembre avec le président Juan Manuel Santos.

Il s'agira aussi de désigner, comme le prévoit l'accord de paix, dix représentants au Parlement, qui compte 268 sièges, sur "propositions des différentes zones, des différentes structures", a ajouté Carlos Antonio Lozada.

Nommés pour deux mandats, ils devront symboliquement se présenter aux élections de 2018. "Nous aspirons à non seulement obtenir assez de suffrages pour confirmer ces cinq sénateurs et ces cinq députés, mais aussi à élargir cette représentation", a cependant affirmé l'ex-commandant guérillero.

- Faire de la politique autrement -

L'éventualité d'un candidat présidentiel a été écartée en décembre par Rodrigo Londoño, assurant que les Farc soutiendront la personne qui garantira le respect de l'accord de paix.

Bien que marxiste depuis sa création en 1964 à l'issue d'une insurrection paysanne, l'ex-guérilla appelle aujourd'hui à "une grande convergence politique qui dépasse les frontières de la gauche (...) pour pouvoir élargir la démocratie", a affirmé Pastor Alape, autre membre de sa direction.

Tandis que l'opposition de droite, menée par l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), brandit le spectre du "castro-chavisme", Carlos Antonio Lozada a assuré que le futur parti n'aura "rien à voir avec des modèles étrangers" comme les régimes cubain de Fidel Castro ou vénézuélien de Hugo Chavez.

Il luttera néanmoins pour une santé et une éducation publiques et gratuites, ainsi que pour la protection de l'environnement. D'autres chefs des Farc ont averti qu'il sera "anti-impérialiste" et "anti-patriarcal".

En entrant dans l'arène politique, l'ancienne guérilla va devoir relever plusieurs défis, notamment remédier à son image négative qui dépasse les 80% dans les derniers sondages.

Les Colombiens sont marqués par les massacres et les enlèvements qu'elle a commis pendant le conflit, qui a impliqué une trentaine d'autres guérillas, des paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre. Cette guerre fratricide a fait plus de 260.000 morts, quelque 60.000 disparus et au moins 7,1 millions de déplacés.

"Les Farc ont contre elles des griefs trop importants pour qu'ils soient surmontés à court terme", a estimé Angelika Rettberg, politologue de l'université des Andes.

Pour M. Massé, le "défi majeur" va être de montrer "qu'elles sont capables (...) de faire de la politique autrement", sans se faire absorber par les "pratiques clientélistes, mafieuses, politiciennes traditionnelles" en Colombie.

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