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17/08/2017 04:23 EDT | Actualisé 17/08/2017 04:40 EDT

Tunisie: des oulémas contre l'égalité homme-femme dans l'héritage

Des oulémas tunisiens ont rejeté jeudi la proposition du président Béji Caïd Essebsi d'instaurer l'égalité entre hommes et femmes en matière d'héritage, la jugeant contraire aux préceptes de l'islam et "dangereuse" pour la société tunisienne.

Le chef de l'Etat a annoncé dimanche avoir formé une commission chargée d'étudier "la question des libertés individuelles" et de "l'égalité dans tous les domaines", y compris en matière d'héritage. Les femmes héritent en général de la moitié de ce qui revient aux hommes, comme le prévoit le Coran.

M. Caïd Essebsi a aussi demandé au gouvernement de retirer une circulaire datant de 1973 et empêchant le mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans.

Ces deux questions font depuis l'objet d'un débat parfois passionné.

Il s'agit d'"une violation flagrante des préceptes" de l'islam, ont dénoncé dans un communiqué des imams et spécialistes de la charia (loi islamique).

"L'héritage en islam est clairement expliqué dans le Coran". Il "ne peut être ni modifié ni interprété", a déclaré lors d'une conférence de presse l'ex-ministre des Affaires religieuses Noureddine Khadmi.

L'ex-mufti de la république Hamda Saïd a de son côté critiqué une proposition voulant mettre fin à "un consensus de 1.400 ans".

Vouloir changer les textes régissant l'héritage, "c'est comme dire que Dieu a été injuste avec la femme, ce qui est complètement faux puisqu'il y a plusieurs cas où la femme hérite plus que l'homme", a affirmé pour sa part Fatma Chakout, enseignante à l'université islamique de la Zitouna.

Le cheikh Abdallah el-Oussif, docteur en sciences islamiques, a enfin assuré que la proposition du président Essebsi "exprim(ait) une grande ignorance des préceptes islamiques", en la jugeant "dangereuse" parce qu'elle risque de diviser la société.

Elle "intervient à une période où le peuple a besoin de davantage de solidarité et d'unité" au vu des problèmes socio-économiques du pays, a-t-il lancé.

La question de l'égalité entre hommes et femmes en matière d'héritage reste une question très sensible dans le pays.

La Tunisie a adopté en 1956 un Code du statut personnel (CSP) qui a accordé plusieurs droits aux femmes et aboli la polygamie et la répudiation.

La Tunisie est depuis considérée comme pionnière dans le monde arabe en matière de droits des femmes, mais les tiraillements entre progressistes et conservateurs refont régulièrement surface.

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