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17/08/2017 00:49 EDT | Actualisé 17/08/2017 01:00 EDT

Ouverture saoudienne envers le Qatar avant le pèlerinage de La Mecque

Détente dans la crise du Golfe ou simple geste de bonne volonté? Le roi Salmane d'Arabie saoudite a ordonné l'ouverture de la frontière saoudienne pour permettre aux Qataris d'effectuer le pèlerinage annuel de La Mecque, ont annoncé jeudi les médias d'Etat.

Il est trop tôt pour dire si cette mesure est susceptible de contribuer à désamorcer la crise, mais elle apparaît comme une tentative de dépolitiser le hajj prévu fin août dans les lieux saints musulmans de la Mecque et Médine, dans l'ouest saoudien.

Le Qatar n'a pas immédiatement réagi.

La décision a été annoncée en pleine nuit par l'agence officielle SPA après que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu à Jeddah (ouest) un émissaire de Doha, cheikh Abdallah ben Ali Al Thani.

Il s'agit de la première rencontre à ce niveau depuis la décision le 5 juin de l'Arabie saoudite de rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar, et de fermer les frontières aériennes, maritimes et terrestres.

Outre Ryad, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont coupé tout lien avec Doha en l'accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l'Iran chiite, grand rival du royaume saoudien sunnite.

Pendant la rencontre à Jeddah, l'émissaire qatari a salué "les relations fraternelles ancrées dans l'histoire entre le royaume et le Qatar", selon.

Le prince Mohammed a lui aussi évoqué "la profondeur des relations historiques" entre les deux pays.

Des termes qui n'étaient plus utilisés depuis le début de cette crise inédite dans le Golfe, à laquelle les médiateurs koweïtien et américain tentent de trouver une solution.

- Conversation saoudo-américaine -

Avant l'annonce saoudienne relayée par tous les médias du Golfe, le prince Mohammed avait reçu un appel du secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson pour parler des "développements dans la région", selon SPA.

M. Tillerson s'est beaucoup impliqué, avec l'émir du Koweït, pour tenter de désamorcer la crise, les Etats-Unis étant alliés à la fois avec Ryad et Doha.

Sur proposition du prince Mohammed, le roi Salmane a approuvé l'entrée des pèlerins qataris par l'unique poste-frontière terrestre de Salwa puis leur transport depuis l'aéroport international du roi Fahd à Dammam vers les lieux saints, selon l'agence saoudienne.

Il a également ordonné l'envoi d'avions saoudiens à l'aéroport de Doha pour transporter "tous les pèlerins qataris à ses frais vers la ville de Jeddah", d'où ils gagneront la Mecque et Médine, dans l'ouest du royaume.

En juillet, les autorités de Doha avaient accusé l'Arabie saoudite de mettre des obstacles à la participation des ressortissants qataris au hajj et de politiser un évènement religieux.

Les autorités saoudiennes refusaient notamment que ces pèlerins arrivent directement de Doha à bord de vols de la compagnie Qatar Airways qui ne peut plus survoler l'espace aérien saoudien.

- Réactions mitigées -

Des analystes ont mis en garde contre tout excès d'optimisme après l'annonce saoudienne.

Ali Shihabi de l'Arabia Foundation à Washington a estimé qu'il s'agissait d'un simple "geste de bonne volonté" à l'égard du peuple qatari, "et non d'une percée" pour sortir de la tourmente diplomatique.

Sur les réseaux sociaux, les réactions étaient mitigées.

"Nous n'avons pas besoin de l'aumône du roi" d'Arabie, "le pèlerinage est un droit qatari", a écrit un utilisateur de Twitter.

"Salmane, vous êtes vraiment un roi humanitaire", a rétorqué un autre utilisateur.

Depuis le début de la crise, le Qatar a toujours nié les accusations de ses voisins, y voyant une tentative de mettre sa politique étrangère sous tutelle et une volonté d'étrangler son économie.

Fort d'une population d'à peine 2,6 millions de personnes, dont 80% d'étrangers, le minuscule émirat gazier est l'un des pays les plus riches au monde en termes de PIB par habitant.

Sur le plan politique, les relations étroites du Qatar avec la confrérie des Frères musulmans font régulièrement l'objet de critiques.

Quelque deux millions de pèlerins sont attendus à la Mecque pour effectuer le hajj, l'un des cinq piliers de l'islam.

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