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16/08/2017 23:50 EDT | Actualisé 17/08/2017 00:00 EDT

Les rebelles syriens perdent un poids lourd dans leurs rangs

L'insurrection syrienne contre le régime de Bachar al-Assad a perdu sa composante la plus puissante avec l'effondrement d'Ahrar al-Cham, organisation salafiste qui tentait de maintenir une ligne fragile entre jihadistes et rebelles modérés.

L'écroulement de Ahrar al-Cham dans la province d'Idleb, dans le nord ouest de la Syrie, "est une défaite pour les rebelles syriens en général", estime Sam Heller du centre de réflexion Century Foundation.

En un laps de temps très court, Ahrar al-Cham a perdu pied face à ses anciens alliés, les jihadistes de l'ex-branche d'Al-Qaïda, aujourd'hui regroupés dans le groupe Tahrir al-Cham.

Les combats ont commencé mi-juillet lorsque Tahrir al-Cham a attaqué les positions d'Ahrar al-Cham dans la province d'Idleb, la seule dont le contrôle échappe encore totalement au régime syrien.

Quand un cessez-le-feu est finalement conclu le 21 juillet, Ahrar al-Cham est laminé.

"Militairement, Ahrar al-Cham est fini. En moins de 48 heures, il a dû céder à Tahrir al-Cham ses positions les plus importantes", relève Nawar Oliver, expert auprès du centre de réflexion Omran, basé en Turquie.

Le groupe a été expulsé de la capitale provinciale Idleb, du lucratif passage frontalier avec la Turquie de Bab al-Hawa et ainsi que de routes et point de contrôle importants.

Sans les taxes douanières sur les produits entrant en Syrie à partir de la Turquie, ses ressources vont se tarir.

"Ahrar al-Cham contrôle désormais des régions n'ayant pas de valeur stratégique, que ce soit au niveau du combat contre le régime ou des ressources, comme Ariha ou Maarat al-Noomane", deux localités de la province d'Idleb, assure Nawar Oliver.

- Long déclin -

Pour les analystes, le déclin d'Ahrar al-Cham a commencé il y a longtemps.

Fondé fin 2011, quelques mois le début de la révolte prodémocratie, Ahrar al-Cham est vite apparu comme un des groupes les mieux organisés dans la lutte contre les forces du régime de Bachar al-Assad.

Ses effectifs ont compté de 10.000 et 20.000 combattants et il disposait d'une solide base populaire notamment à Idleb.

Mais en septembre 2014, il subit un coup terrible. Une énorme explosion décime sa direction et permet aux faucons de prendre les rênes. L'attentat n'a jamais été revendiqué.

En 2015, Ahrar al-Cham combat main dans la main avec une organisation jihadiste alors appelée Front al-Nosra --ex-branche d'Al Qaïda rebaptisée depuis Tahrir al-Cham-- et conquiert la province d'Idleb.

Mais Ahrar al-Cham n'a jamais soutenu l'idéologie jihadiste transnationale de cette organisation, ni celle du groupe État Islamique (EI). Le groupe s'était plutôt positionné comme un pont entre les courants radicaux et modérés de l'opposition syrienne.

Cette identité hybride explique en partie sa chute, estiment des experts.

Sa défaite "est le point culminant d'un long processus d'indécision, la conséquence d'une identité chaotique et le résultat de la perte progressive d'alliés locaux et régionaux", estime Ahmad Abazeid, du Centre Toran, également basé en Turquie.

Le refus d'Ahrar al-Cham d'aider d'autres groupes rebelles quand ils ont été agressés ces dernières années par les jihadistes a eu pour conséquence qu'aucun groupe n'est venu à sa rescousse quand il a été attaqué à son tour, note Nawar Oliver.

Sa défaite s'explique aussi par "l'absence totale de mobilisation" de la Turquie, qui était son appui extérieur le plus solide.

- 'Ostracisée' -

Moins de deux semaines après le revers à Idleb, Ahrar al-Cham a annoncé la nomination à sa tête d'un dissident islamiste de longue date ayant passé plusieurs années dans les prisons du régime.

Dans sa première vidéo, Hassan Sawfan a promis que son mouvement se redresserait, ce dont les analystes doutent. "Il sera difficile pour le 'nouvel Ahrar' de se reconstruire rapidement sur des bases aussi faibles", juge Nawar Oliver.

Il prédit que ses membres feront défection vers d'autres groupes rebelles ou même vers Tahrir al-Cham "considéré maintenant comme la plus puissante organisation à Idleb".

Reste à savoir ce que la défaite d'Ahrar al-Cham signifie pour Idleb, aujourd'hui contrôlée par un groupe jihadiste qualifié de "terroriste" et "toxique" par de nombreux pays étrangers, rappelle Sam Heller.

La population de la province a gonflé avec des dizaines de milliers de déplacés venus d'autres régions.

Beaucoup dépendent d'une aide humanitaire qui transite par le point-frontière de Bal al-Hawa dont les jihadistes ont pris le contrôle, rappelle un diplomate occidental. Mais, selon lui, Tahrir al-Cham n'est pas intervenu dans les programmes d'aide mis en place.

Mais pour l'analyste Aron Lund, s'exprimant sur IRIN News, la province contrôlée par les jihadistes va vite se trouver "ostracisée".

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