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14/08/2017 12:09 EDT | Actualisé 14/08/2017 12:20 EDT

Kasparov, roi des échecs, revient ajouter un chapitre à sa légende

Garry Kasparov, qui a marqué de son génie l'histoire des échecs, a fait jeu égal lundi pour son retour à la compétition avec son compatriote Sergueï Kariakine, le symbole d'une nouvelle génération qui veut renvoyer "l'ogre de Bakou" à sa retraite.

Douze ans après s'être retiré du circuit pour mener un combat politique contre Vladimir Poutine, le Russe de 54 ans, un des meilleurs joueurs à avoir jamais déplacé ses pièces sur les 64 cases, faisait son grand retour lors d'un tournoi officiel à Saint-Louis, dans le centre des Etats-Unis.

Les attentes autour de celui qui fut champion du monde entre 1985 et 2000 sont énormes, et la tension était palpable dans la petite salle du Chess Club, où les spectateurs et de nombreux fans étaient agglutinés dans un silence monacal à deux mètres de sa table.

Le premier match, qui s'est soldé par un "pat", de ce tournoi Rapid and Blitz - récemment intégré au circuit - avait d'ailleurs des relents de ce jour de 1985, lorsque le petit Kasparov était devenu le plus jeune champion du monde de l'histoire en battant son compatriote et aîné Anatoli Karpov, son meilleur ennemi au jeu pendant des décennies.

Cette fois, c'était lui l'aîné face à son jeune compatriote de 27 ans, grand espoir des échecs qui avait ferraillé dur conte le numéro 1 mondial Magnus Carlsen, absent à Saint-Louis, en finale du dernier championnat du monde, à New York.

Les tempes ont grisé, les rides sont plus marquées, mais la gestuelle, les tics de l'ancien champion du monde, tout rappelait ce lundi les années 80 et 90, lorsque Kasparov régnait en maître sur l'échiquier.

- Centre de l'attention -

Sa façon de s'installer, avant que le chronomètre de cette partie rapide - 25 minutes de jeu chacun - ne démarre, sa montre qu'il retire et place à sa gauche, les pièces qu'il replace une à une, méticuleusement au centre de leurs cases.

Le regard noir, aussi, lancé avant de commencer la partie, qu'il a passée tantôt la tête serrée bien fort entre ses deux mains, tantôt complètement penché au-dessus de l'échiquier, comme s'il allait croquer les pièces.

Kasparov avait prévenu, dimanche soir, que même si cet entracte dans une retraite très politique n'était qu'une parenthèse de cinq jours, il allait "rendre les coups" et se "battre".

"Je réalise que c'est sérieux. Je vais être la proie la plus recherchée de l'histoire des échecs", s'était-il aussi amusé, bien plus détendu que lors de ce match, avant d'en enchaîner un deuxième contre l'Américain Hikaru Nakamura.

Signe que son retour draine toute l'attention, la plupart des autres joueurs en lice - dix au total - ont pris quelques secondes dans leur partie pour venir voir où en était celle de l'ancien maître incontesté du jeu.

Bien que fugace, la possibilité de voir ou de revoir "l'ogre de Bakou" en action a transformé la ville du Missouri, fendue en deux par le Mississippi, en repaire pour les admirateurs de Kasparov venus des quatre coins des Etats-Unis et du monde.

- Ne pas le sous-estimer

"C'est l'un des plus grands joueurs de l'histoire. C'était l'un de mes rêves de jouer contre lui", avait confié Kariakine à propos de Kasparov la veille du match.

Même s'il a participé à plusieurs matches d'exhibition ces dernières années, Garry Kasparov "ne devrait pas gagner" le tournoi, pense le Français Maxime Vachier-Lagrave, qui a battu Magnus Carlsen la semaine dernière lors de la Coupe Sinquefield, étape majeure du circuit mondial qui précède le Rapid and Blitz.

Dans cette compétition caractérisée par des parties rapides, le risque pour le Russe est de ne pas tenir la distance en raison du manque d'entraînement, mais il pourra toutefois s'appuyer sur son "instinct", analyse le numéro 2 mondial, que l'AFP a rencontré à Saint-Louis après qu'il a remporté la Sinquefield vendredi.

Gare, toutefois, pour la jeune garde, à ne pas sous-estimer l'ancien champion du monde, rappelle Maxime Vachier-Lagrave, qui l'avait affronté il y a six ans lors d'un match amical et qui se souvient de "sa volonté de se battre sur chaque coup" - Kasparov avait d'ailleurs gagné la rencontre.

S'il gagne, il a promis de reverser les 150.000 dollars réservés au vainqueur pour promouvoir les échecs en Afrique.

sha/leo