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08/08/2017 02:25 EDT | Actualisé 08/08/2017 02:40 EDT

Russie: l'ex-ministre Oulioukaïev, jugé pour corruption, clame son innocence

L'ancien ministre russe de l'Economie Alexeï Oulioukaïev, plus haut responsable russe arrêté pour corruption depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, a clamé son innocence mardi à son arrivée au tribunal moscovite qui doit le juger.

M. Oulioukaïev est soupçonné d'avoir tenté de soutirer deux millions de dollars au pétrolier Rosneft dans une affaire qui a provoqué une onde de choc dans les milieux libéraux. Il risque jusqu'à 15 ans de prison.

Neuf mois après son arrestation rocambolesque dans les bureaux du groupe contrôlé par l'Etat russe et dirigé par le très influent Igor Setchine, il est apparu très amaigri lorsqu'il est descendu d'une voiture des services d'application des peines pour monter les quelques marches du tribunal de Zamoskvoretski.

Interrogé sur sa culpabilité, il a répondu: "Qu'est-ce que vous croyez? Bien sûr que non".

La première audience préliminaire qui se tient mardi, à huis clos, doit notamment déterminer la date du début des débats sur le fond de l'affaire, le statut du prévenu actuellement assigné à résidence ou encore la liste des témoins convoqués.

Ministre de l'Economie depuis 2013, M. Oulioukaïev a été arrêté en novembre 2016. Si de hauts fonctionnaires tombent régulièrement pour des affaires de corruption médiatisées, il s'agissait de la première interpellation d'un ministre en exercice depuis la fin de l'URSS.

Il avait alors été présenté devant un juge qui l'avait formellement inculpé d'"extorsion de pots-de-vin" puis assigné à résidence.

Le président russe Vladimir Poutine l'avait aussitôt limogé et il a été remplacé, après une période d'intérim, par un économiste de 35 ans en provenance du ministère des Finances, Maxime Orechkine.

Clamant son innocence, l'ancien ministre avait alors assuré, par le biais de son avocat, que cette arrestation était "une provocation".

Partisan de réformes de libéralisation de l'économie russe, Alexeï Oulioukaïev s'était publiquement opposé dans un premier temps à la vente de la moitié du capital de Bachneft à Rosneft, dont le patron Igor Setchine est proche de Vladimir Poutine.

Cette opération avait finalement eu lieu, aboutissant à la plus grosse cession d'actifs réalisée en 2016 par l'Etat russe, qui espérait ainsi renflouer son budget plombé par l'effondrement des cours du pétrole.

L'énormité des faits reprochés et les acteurs de cette affaire, avec d'un côté un ministre technocrate peu charismatique et de l'autre une entreprise semi-publique très puissante, avaient suscité la surprise et l'incompréhension parmi l'aile libérale du pouvoir russe, dont il était proche.

Le Premier ministre Dmitri Medvedev avait reconnu que l'affaire allait "au delà de (sa) compréhension".

Son ancien collègue lorsqu'il avait fait partie de l'équipe dirigeante de la banque centrale, Sergueï Chvetsvov, avait qualifié les faits reprochés d'"absurdes".

A l'approche de la présidentielle de mars 2018, certains commentateurs ont vu dans cette arrestation un nouvel épisode de la lutte qui oppose les clans gravitant autour de Vladimir Poutine, sous la forme d'une démonstration de force des "siloviki" issus des services de sécurité dont Igor Setchine est considéré comme un chef de file.

bur-gmo/kat/lch

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