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03/08/2017 20:45 EDT | Actualisé 03/08/2017 21:00 EDT

Ce que l'on sait ou pas de la Constituante au Venezuela

La très contestée Assemblée constituante portée par le président du Venezuela Nicolas Maduro doit débuter ses travaux vendredi, en dépit du rejet de l'opposition et de la réprobation de la communauté internationale. Que sait-on et qu'ignore-t-on de cette nouvelle institution?

- Ce que l'on sait -

- La Constituante doit ouvrir ses travaux vendredi au Parlement dans un contexte de contestation de l'opposition, qui a appelé à manifester pour dénoncer les "fraudes", selon elle.

- La constituante élue Delcy Rodriguez, auparavant ministre des Affaires étrangères, a déclaré à l'AFP que les deux assemblées pourront continuer à se réunir dans le même bâtiment, la Constituante dans le "salon elliptique" et les députés élus fin 2015 dans l'hémicycle. Une simple cour les sépare.

- Selon les autorités, plus de huit millions d'électeurs, soit 41,5% du corps électoral, ont participé à l'élection des membres de la Constituante. Soit un chiffre supérieur aux 7,6 millions de voix réunies par l'opposition le 16 juillet, lors d'un référendum contre le projet de Constituante. Chaque camp conteste les chiffres de l'autre.

- SmartMatic, l'entreprise britannique qui était chargée des opérations de vote, accuse les autorités d'avoir "manipulé" les chiffres de la participation, un élément décisif dans cette élection. La présidente de l'Autorité électorale (CNE) Tibisay Lucena et le président Maduro ont rejeté ces accusations.

- La Constituante sera un "super pouvoir", au dessus de tous les pouvoirs constitués, y compris le Parlement dominé par l'opposition. Cette assemblée apportera "la paix", affirme Nicolas Maduro, face aux manifestations qui réclament son départ et lors desquelles plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois.

- La nouvelle Constitution sera rédigée par 545 constituants, dont 364 élus en fonction de règles territoriales et 181 par secteurs sociaux. L'opposition, qui a refusé de participer au processus, critique les modalités de vote définies par M. Maduro.

- M. Maduro a assuré que la nouvelle Constitution, qui remplacera celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez, sera soumise à référendum.

L'initiative a été lancée sans consultation préalable par les urnes.

- La Constituante ne sera pas reconnue par les Etats-Unis, l'Union européenne et une dizaine de pays latino-américains.

- Certaines des personnalités les plus puissantes du pouvoir en place siègeront à la Constituante, dont le numéro deux du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV, au pouvoir), Diosdado Cabello, l'ex-ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez, et la Première dame, Cilia Flores.

- Ce que l'on ignore -

- La durée de session sera décidée par les constituants.

- On ne sait pas si, étant un "super pouvoir", l'Assemblée constituante va dissoudre ou non des institutions comme le Parlement ou le Parquet, ainsi qu'en ont menacé de hauts responsables du camp présidentiel.

- Les décisions de la procureure générale Luisa Ortega, chaviste qui a rompu avec le président et tenté de freiner le projet en lançant une enquête et en demandant à la justice l'annulation de la séance inaugurale, risquent d'être rejetées par la Cour suprême (accusée de servir le gouvernement). Mme Ortega a mis en garde contre le risque d'"un système totalitaire".

- On ignore s'il y aura des élections. Une des responsables des instances électorales, Socorro Hernandez, a déclaré que la tenue des élections de gouverneurs - prévues en 2016 mais reportées à décembre 2017 - dépendrait des "décisions" des constituants.

- L'opposition craint que l'élection présidentielle de 2018 ne soit suspendue. La gestion de M. Maduro et la Constituante sont rejetées par 80% des Vénézuéliens, selon l'institut de sondage Datanalisis.

- On ne sait pas si cette assemblée va lancer une chasse aux sorcières qui augmenterait le nombre des "prisonniers politiques", estimé à environ 500 par l'ONG Foro Penal. Mais l'ex-ministre Delcy Rodriguez assure que la Constituante ne vise pas à "anéantir l'adversaire".

Selon M. Maduro, l'un des objectifs est d'établir "un dialogue" pour surmonter la crise. Mais il a aussi averti que "justice sera faite pour les crimes de la droite" pendant les manifestations.

Le président soutient que la Constituante apportera la stabilité économique dans un pays en faillite, mais les mesures pour y parvenir n'ont pas été détaillées.

Selon le consultant Ecoanalitica, si les manifestations se poursuivent jusqu'à la fin de l'année, le PIB se contractera de 9% en 2017 contre une prévision de -4,3% à l'origine, enchaînant quatre années de chute.

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