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02/08/2017 07:12 EDT | Actualisé 02/08/2017 07:20 EDT

Diesel: sous pression, les constructeurs allemands proposent des rappels

L'industrie automobile allemande, en pleine crise existentielle et convoquée par le gouvernement, a annoncé mercredi vouloir réduire les émissions polluantes en adaptant le logiciel de 5 millions de véhicules diesel, un engagement déjà jugé minimaliste.

Les constructeurs ont été conviés à Berlin à un sommet censé apporter des solutions concrètes en matière de pollution, afin d'éviter les interdictions du diesel qui menacent dans certaines grandes villes - une perspective cauchemardesque pour quelque 15 millions d'automobilistes allemands et pour les groupes concernés.

Avant même la conférence de presse finale, la Fédération allemande de l'industrie automobile (VDA) s'est engagée dans un communiqué à rappeler aux frais des constructeurs 5 millions de véhicules diesel en Allemagne, avec l'ambition de réduire "de 25 à 30%" leurs émissions d'oxyde d'azote (NOx) par une mise à jour logicielle.

Mais ce chiffre intègre les 2,5 millions de véhicules déjà rappelés ces derniers mois par le groupe Volkswagen, précise la VDA, alors que les autres groupes automobiles allemands ont aussi procédé de leur côté au rappel de centaines de milliers de voitures diesel.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole de la VDA n'a pas pu indiquer à combien de nouveaux rappels correspond la promesse faite mercredi, laissant planer une incertitude sur la portée réelle de cet engagement.

- Triche et manipulation -

Or cette mise à jour logicielle était déjà considérée comme une solution a minima par ceux qui prônent plutôt une modification de l'équipement de la voiture, plus coûteuse, ou des interdictions de circulation, évoquées par la ministre de l'Environnement Barbara Hendricks.

Le rappel "est une mesure bienvenue, mais pas une solution à long terme à la pollution de l'air", a déploré mercredi Greg Archer, de l'ONG Transport et Environnement, appelant à investir dans les véhicules électriques plutôt qu'à "dépenser des sommes considérables pour rendre le diesel moins sale".

Tous les constructeurs en Allemagne, Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (Mercedes-Benz), BMW mais aussi Opel et l'Américain Ford, participaient à Berlin à ce "forum national" sous l'égide du gouvernement, qui se tient deux ans après le début du scandale Volkswagen.

Le numéro un mondial de l'automobile avait reconnu alors avoir équipé 11 millions de véhicules diesel d'un logiciel truqueur qui enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants pendant les contrôles.

Les soupçons se sont étendus depuis sur l'ensemble de l'industrie, soumise à différentes enquêtes judiciaires.

Le contexte est encore alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre constructeurs allemands, qui aurait selon l'hebdomadaire Spiegel jeté les bases de la manipulation des émissions polluantes.

Si le gouvernement allemand veut faire preuve de fermeté face aux constructeurs, il lui faut aussi soutenir un secteur qui assure environ un cinquième des exportations du pays et représente plus de 800.000 emplois.

Par ailleurs, une étude menée par Greenpeace montre que 57% des Allemands soutiennent l'idée d'une interdiction dans les villes les plus polluées des véhicules diesel. Pourtant ces véhicules restent très populaires en A1lemagne où, en juillet, ils ont représenté 45 % des ventes de voitures neuves.

- Refonte -

Les fabricants allemands ont ainsi lourdement investi ces dernières années dans les moteurs diesel, car ils émettent moins de dioxyde de carbone que les versions essence. C'est pour cette raison qu'Angela Merkel a appelé à ne pas "diaboliser le diesel".

Mais le revers de cette technologie est qu'elle émet davantage d'oxyde d'azote, qui contribuent à la formation en ville de "smog", une brume responsable de maladies respiratoires et cardiaques.

A l'approche des législatives du 24 septembre, la question est devenue un sujet de rivalité entre sociaux-démocrates et conservateurs.

Le candidat social-démocrate Martin Schulz a notamment jugé "insupportable" l'absence mercredi au sommet de la chancelière, actuellement en vacances.

Mais pour Stefan Bratzel, expert automobile et directeur du Center of Automotive Management, la responsabilité de la crise est largement partagée.

Les fabricants se sont certes fourvoyés en trichant sur les émissions, mais c'était "avec l'approbation silencieuse des instances politiques" de tous bords. C'est donc une "refonte complète" des relations entre l'industrie et les pouvoirs publics qui s'impose, selon lui.

Les constructeurs allemands comptent sur les ventes de moteurs diesel modernes, dit "dépollués", pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière de réduction d'émission.

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