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02/08/2017 11:28 EDT | Actualisé 02/08/2017 11:40 EDT

Brésil: les députés s'apprêtent à voter sur le sort du président Temer

Les députés brésiliens s'apprêtaient à voter mercredi sur l'ouverture d'un procès contre Michel Temer, après des débats enflammés sur le sort du premier président du pays en exercice jamais accusé formellement de corruption.

Bien que l'opposition ait réussi à empêcher le début du vote par des manoeuvres dilatoires lors d'une séance chargée de suspense, le quorum nécessaire a finalement pu être atteint en début d'après-midi après diverses péripéties.

Le début de la séance en matinée a été marqué par des protestations bruyantes de la gauche demandant la tête de Michel Temer. Puis des parlementaires de tous bords -- dont plus d'un tiers sont eux-mêmes visés par des enquêtes pour corruption -- se sont lancés dans des diatribes.

Lors de cette séance cruciale, une majorité des deux tiers (342 députés sur 513) est nécessaire pour donner le feu vert au renvoi de Michel Temer devant la Cour suprême, qui le jugerait. Mais auparavant la même majorité est requise pour procéder au vote.

En cas d'avis favorable, la Cour suprême pourrait écarter M. Temer du pouvoir pour six mois, le temps du procès. Le Brésil perdrait ainsi son chef d'Etat pour la deuxième fois en un peu plus d'un an, après la destitution choc de Dilma Rousseff.

Si M. Temer, du parti PMDB (centre), était poussé vers la sortie, il serait remplacé par le président de la Chambre Rodrigo Maia, le temps de désigner un successeur.

Selon les analystes, le chef de l'État, un conservateur de 76 ans qui a fait preuve de combativité dans la tempête, a de bonnes chances d'échapper à un procès, même si sa cote de popularité s'est effondrée à 5%.

La Bourse de Sao Paulo était en progression en mi-journée, dépassant les 67.000 points pour la première fois depuis le début du scandale impliquant M. Temer en mai.

Le réal se renforçait lui aussi face au dollar, signe de l'espoir des marchés de voir le président sauver son mandat et avoir les mains libres pour mettre enfin en place les mesures d'austérité nécessaires à la reprise dans ce grand pays latino-américain plombé depuis 2015 par une récession historique.

"Je suis confiant", a dit le président lors d'un dîner mardi à des députés cités par le quotidien O Globo, s'estimant "victime du banditisme contre lequel (il veut) lutter".

- 'Un voleur est un voleur' -

Le quorum de 342 députés nécessaire au vote a été atteint en mi-journée. Mais la séance ayant été suspendue, l'assemblée était à la recherche d'un nouveau quorum en début d'après-midi, qui a fini par être atteint.

L'opposition de gauche a multiplié les manoeuvres dilatoires avec des questions de procédure pour retarder le vote.

Dès le début de la séance, une trentaine de députés du parti des Travailleurs et d'autres mouvements de gauche avaient agité des bannières clamant "Fora Temer! Diretas Jà" ("Dehors Temer. Des élections directes maintenant!") et dénoncé les mesures d'austérité prises par son gouvernement, a constaté l'AFP.

Trois députés du PSOL, parti d'extrême gauche, ont brandi une valise de billets arborant le visage de Michel Temer, en référence à l'arrestation en mai d'un proche du président en possession d'une valise de coupures qui lui aurait été destinée.

M. Temer est accusé de s'être "prévalu de sa condition de chef d'État" pour recevoir 500.000 réais (environ 140.000 euros) de pots-de-vin de la part du géant de la viande JBS, impliqué dans le gigantesque scandale de corruption qui touche le Brésil.

"Un voleur est un voleur et doit être traité comme tel", a scandé le député Major Olimpio, du parti Solidariedade, dans un discours passionné.

Le camp pro-Temer rejetait pour sa part les accusations, qualifiées des "fictions", et brandissait des scénarios catastrophe pour un pays qui donne de premiers signes de reprise économique.

- Grandes manoeuvres -

Le président n'a pas ménagé ses efforts ces dernières semaines pour s'assurer du soutien d'une majorité de députés.

La presse a fait état de grandes manoeuvres des conservateurs pour s'assurer que le vote aurait bien lieu, face aux menaces de boycott de l'opposition. Des ministres ont été réquisitionnés pour aller voter à la Chambre, et de nombreuses faveurs auraient été accordées à des députés.

"Pour rester au pouvoir, Temer a sans doute dépensé autant que le PSG pour le transfert de Neymar", a ironisé Chico Alencar, député du PSOL, en référence à la clause libératoire de 222 millions d'euros que le club doit payer au FC Barcelone pour s'attacher les services du joueur brésilien.

L'avenir du footballeur était d'ailleurs plus commenté par les Brésiliens sur les réseaux sociaux que celui du président Temer, tandis que le calme régnait dans la capitale Brasilia.

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