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02/08/2017 05:50 EDT | Actualisé 02/08/2017 06:00 EDT

Brésil: début agité d'une séance parlementaire cruciale pour Temer

La séance parlementaire qui pourrait sceller le sort du président brésilien Michel Temer, mis en accusation pour corruption passive, a débuté mercredi dans l'agitation, des membres de l'opposition protestant bruyamment au sein même de l'hémicycle.

Les députés se sont retrouvés pour une séance cruciale, qui pourrait se solder par un renvoi du président devant la Cour suprême si une majorité des deux tiers (342 voix sur 513) vote en faveur d'un procès.

Le président du Brésil pourrait alors écarté du pouvoir pour six mois. Le plus grand pays d'Amérique latine perdrait ainsi son chef d'Etat pour la 2e fois en un peu plus d'un an, après la destitution brutale de Dilma Rousseff.

Dès le début de la séance, une trentaine de députés du parti des Travailleurs et d'autres mouvements de gauche ont agité des bannières clamant "Fora Temer! Diretas Jà" ("Dehors Temer. Des élections directes maintenant!") et dénoncé les mesures d'austérité prises par son gouvernement, a constaté l'AFP.

Trois députés du PSOL, parti d'extrême gauche, ont brandi une valise de billets arborant le visage de Michel Temer, en référence à l'arrestation en mai d'un proche du président en possession d'une valise de coupures qui lui aurait été destinée.

M. Temer, dont la cote de popularité s'est effondrée à 5%, n'a pas ménagé ses efforts ces dernières semaines pour s'assurer du soutien d'une majorité de députés en faveur d'un classement de l'affaire. Y compris, affirmait le quotidien Globo mercredi, "avec des fonds publics".

Selon les analystes, le chef de l'État, qui a fait preuve d'une pugnacité à toute épreuve dans la tempête, a de bonnes chances de ne pas être renvoyé pour un procès devant la Cour suprême.

"Je suis confiant", a-t-il dit lors d'un dîner mardi à des députés cités par le Globo, s'estimant "victime du banditisme contre lequel (il veut) lutter".

La presse a fait état de grandes manoeuvres, jusqu'au dernier moment, des conservateurs pour s'assurer que le vote aurait bien lieu, face aux menaces de boycott de l'opposition, qui espérait faire traîner la procédure.

Il faut en effet que 342 députés soient présents à la Chambre pour que le vote puisse se tenir. Mais 54 députés étant déjà dans l'hémicycle à 09H00 locales (12H00 GMT) la séance a pu commencer, en dépit des protestations de l'opposition.

- Grandes manoeuvres -

La journée pourrait ménager d'autres surprises. Elle pourrait être très longue, des prises de parole de 5 minutes étant prévues notamment pour chaque député. Le vote, s'il a effectivement lieu, risque ainsi ne pas intervenir avant la soirée, voire dans la nuit de mercredi à jeudi.

Même s'il connaît bien les arcanes de la chambre basse, qu'il a présidée à trois reprises, M. Temer sait qu'il n'est pas à l'abri d'un retournement de situation.

Le président est accusé de s'être "prévalu de sa condition de chef d'État" pour recevoir 500.000 réais (environ 140.000 euros) de pots-de-vin de la part du géant de la viande JBS, impliqué dans le gigantesque scandale de corruption qui touche le Brésil.

Selon un sondage de l'institut Ibope, 81% des Brésiliens souhaitent que les députés renvoient leur président vers la Cour Suprême.

Si le chef de l'État est écarté du pouvoir, le président de la Chambre Rodrigo Maia le remplacera pendant un mois, le temps de désigner un successeur.

"Il faut que cette affaire soit tranchée pour le bien du Brésil. On ne peut pas jouer avec un sujet aussi grave. Il ne faut pas laisser le patient sur la table d'opération avec le ventre ouvert", avait déjà déclaré M. Maia vendredi dernier.

M. Temer, qui était représenté par son avocat au Parlement mercredi, a multiplié ces derniers jours les apparitions publiques visant à renforcer sa stature d'homme d'État.

Dimanche, il était à Rio de Janeiro pour assurer le service après-vente du déploiement de l'armée dans une ville en proie à la violence.

Arrivé au pouvoir en mai 2016, après la destitution controversée de Dilma Rousseff, dont il était le vice-président, M. Temer est pour le moment parvenu à se maintenir à son poste malgré les scandales à répétition.

En juin, il avait déjà été blanchi par la justice électorale, face à des accusations de financement illégal de campagne.

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