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02/08/2017 09:03 EDT | Actualisé 02/08/2017 09:20 EDT

Bataille de brevets autour de la technologie génétique CRISPR-Cas9

La technologie CRISPR-Cas9, utilisée pour corriger des gènes dans des embryons humains pour la première fois, est au centre d'une féroce bataille de brevets aux Etats-Unis, dont les enjeux financiers sont colossaux.

Elle oppose un duo féminin franco-américain, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, à un Américain d'origine chinoise, Feng Zhang. Soit le gratin international des chercheurs spécialisés dans la "chirurgie du gène".

Mi-février, l'office des brevets américain (USPTO) a rendu une décision favorable à l'équipe de Feng Zhang, cerveau du Broad Institute, organisme né de la collaboration de Harvard et du Massachusetts Institute of Technology.

Ses deux adversaires ont fait appel.

Régulièrement pressentie pour le Nobel, Mme Charpentier est affiliée au Max Planck Institute de Berlin. Egalement couverte de prix, Mme Doudna vient de l'Université de Californie à Berkeley.

Les deux femmes sont créditées de la découverte de la technique baptisée CRISPR-Cas9, des ciseaux moléculaires qui peuvent enlever des parties indésirables du génome de façon très précise pour les remplacer par de nouveaux morceaux d'ADN.

Cela ouvre des champs d'application infinis dans les domaines de la santé, comme le montre l'étude publiée mercredi, mais aussi de l'agriculture pour produire des plantes génétiquement modifiées. Avec peut-être des millions de dollars à la clé.

Le tandem franco-américain avait déposé en mai 2012 une demande de brevet au Bureau américain des brevets et marques commerciales (USPTO), en décrivant une utilisation de CRISPR sur des organismes simples.

Feng Zhang, lui, a appliqué CRISPR à des cellules ayant un noyau (eucaryotes), ouvrant la possibilité d'élargir les modifications génomiques aux cellules humaines.

Parti en seconde position, le chercheur du Broad Institute a déposé sa demande de brevet selon une procédure accélérée et plus coûteuse et l'a obtenu en premier. D'où le litige devant l'USPTO.

Mi-février, les juges de l'USPTO ont estimé que le brevet déposé par Broad ne causait pas d'"interférence" avec la demande de brevet plus large déposée par le duo Charpentier-Doudna.

Reste à savoir comment les deux brevets vont s'articuler concrètement.

La situation est plus claire dans l'Union Européenne et en Grande Bretagne, où les autorités ont octroyé les brevets pour la technique CRISPR seulement au tandem Charpentier/Doudna.

Fin juin, le Bureau chinois des brevets leur a emboîté le pas. Il a décidé que la firme CRISPR Therapeutics, co-fondée par Emmanuelle Charpentier, et les deux start up créées par Mme Doudna, Intellia et Caribou Biosciences, pouvaient demander les brevets pour leur méthode d'édition génétique en Chine.

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