NOUVELLES
29/07/2017 20:45 EDT | Actualisé 29/07/2017 21:00 EDT

Sommet de crise en Allemagne sur le diesel

Le gouvernement allemand organise mercredi un sommet de crise sur les voitures diesel, empêtrées dans un scandale interminable qui accroît le désamour des automobilistes et accentue la pression pour réduire les émissions polluantes.

Cette réunion à Berlin entre pouvoirs publics, constructeurs allemands, fédérations patronales et syndicats sur l'avenir de cette technologie se tiendra dans un contexte européen peu porteur pour le secteur.

La France et la Grande-Bretagne viennent d'annoncer vouloir mettre fin à la vente de voitures diesel ou essence à partir de 2040.

Tous les groupes fabricant des voitures en Allemagne, à savoir Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (fabricant des Mercedes-Benz), mais aussi Opel et l'américain Ford, participeront au "forum national", qui se tient deux ans après le début du scandale du diesel chez Volkswagen.

- Eviter les interdictions -

L'objectif affiché est de trouver des solutions concrètes et nationales afin de réduire les niveaux de gaz polluants.

Pour les constructeurs, il s'agit surtout d'éviter les interdictions de circulation pour les véhicules diesel, qui menacent dans plusieurs villes allemandes et effraient les clients.

Cette perspective est cauchemardesque pour les constructeurs, alors qu'un tiers du parc automobile allemand est constitué de véhicules roulant au gazole.

En outre, les fabricants allemands, longtemps à la traîne sur l'électrique, comptent sur les ventes de voitures équipées de moteurs diesel modernes, dit "dépollués", pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière d'émissions de CO2.

Un tribunal de Stuttgart, berceau de Mercedes-Benz et Porsche, saisi par l'organisation environnementale DUH, vient d'estimer que les interdictions de circulation des véhicules diesel anciens était la solution la plus efficace pour lutter contre la pollution de l'air.

"Une gifle pour les fabricants automobiles juste avant le sommet sur le diesel", s'est réjoui Tobias Austrup, spécialiste des transports chez Greenpeace.

Outre cette épée de Damoclès, le "forum national sur le diesel" se tiendra dans un contexte alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre les plus grands constructeurs allemands.

Cette entente illicite aurait selon la presse jeté les bases de la manipulation des émissions polluantes.

- Dimension politique -

"Mme Merkel cherche l'apaisement avant les élections, c'est la raison principale de ce sommet", a estimé Ferdinand Dudenhöffer, directeur du centre de recherche automobile CAR, sur une chaîne de télévision allemande.

A l'approche des élections législatives du 24 septembre, les affaires autour du diesel ont effet pris une tournure politique, devenant un sujet de rivalité entre sociaux-démocrates et conservateurs de la chancelière Angela Merkel.

Le gouvernement a commencé cette semaine à prendre ses distances avec une industrie automobile dont il a longtemps défendu coûte que coûte les intérêts, notamment au plan européen.

La ministre de l'Environnement Barbara Hendricks a ainsi jugé que la traditionnelle proximité des politiques avec ce secteur phare -l'un des plus gros exportateurs et employeur (800.000 postes) du pays-, avait conduit à un excès "de confiance" dans cette branche.

Ce changement de ton est lié aussi à l'incompréhension de l'opinion publique devant ces scandales à répétition.

Dernier en date: le rappel européen de 22.000 véhicules diesel de Porsche dotés de systèmes d'émission illicites.

Les dirigeants politiques ne vont plus pouvoir se contenter de signes de bonne volonté des constructeurs.

Ces derniers ont individuellement proposé ou déjà annoncé l'amélioration à leur frais de certains de leurs véhicules diesel en circulation, via la mise à jour du logiciel gérant la filtration des émissions d'oxydes d'azote (NOx).

Mme Hendricks a prévenu qu'une simple mise à jour de logiciels ne suffirait pas à elle seule. "L'industrie est à la croisée des chemins", a-t-elle affirmé.

Dans plusieurs grandes agglomération françaises existe déjà des interdictions temporaires de circuler pour les voitures les plus polluantes.

L'Allemagne, pays pourtant lui aussi visé par une mise en garde de la Commission européenne pour sa qualité de l'air, s'y refuse pour le moment. Mais pour combien de temps encore?

esp/ylf/laf

FORD MOTOR

DAIMLER

VOLKSWAGEN