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29/07/2017 20:45 EDT | Actualisé 29/07/2017 21:00 EDT

Le Parlement brésilien, un "cirque" qui va décider du sort de Temer

Le sort du président brésilien Michel Temer sera mercredi entre les mains de la Chambre des députés, qui avec ses luttes de pouvoir, renversements d'alliances, extravagances et séances surréalistes a gagné le nom de "Cirque des horreurs".

Après deux semaines de vacances parlementaires, la nouvelle session sera ouverte mardi dans la chambre basse dominée par d'influents groupes conservateurs, avec dès le lendemain un vote crucial pour l'avenir du président du Brésil.

Si deux tiers des députés (342 sur 513) approuvent sa mise en accusation pour corruption, il pourra être inculpé par la Cour suprême et écarté du pouvoir pour six mois.

Un cas de figure similaire s'était déjà présenté en mai 2016, quand cette même chambre avait décidé, avec la même majorité des deux tiers, de donner suite à la procédure de destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff.

Une séance parlementaire de trois jours, haute en couleurs et riche en insultes avait valu à la chambre basse le nom de "cirque des horreurs" -- qui avait fait florès parmi les Brésiliens.

Chaque député avait été appelé à exprimer son vote. Ce curieux rituel avait donné lieu aux discours les plus extravagants, avec toutes sortes de références incongrues, des parlementaires s'exprimant "au nom de Dieu", d'autres de leur famille, d'autres encore évoquant de sombres épisodes de la dictature militaire.

Le "cirque des horreurs" n'en avait pas moins déclenché une crise politique et institutionnelle majeure, mettant fin à 13 années de règne de la gauche avec la destitution de la présidente Rousseff pour maquillage des comptes publics et son remplacement par son vice-président, le conservateur Michel Temer.

Une procédure conduite par le président de la Chambre, l'économiste évangélique Eduardo Cunha, qui purge actuellement une peine 15 ans de prison pour corruption.

- 'Bible, boeufs et balles' -

La Chambre des députés est un monde à part et décrédibilisé: pas moins de 190 députés, soit 37% du total, qui vont trancher le sort du président Temer sont visés par des enquêtes sur le gigantesque scandale de corruption qui secoue le Brésil autour du groupe Petrobras.

Quatre ont déjà été condamnés et l'un d'eux dort même en prison, sortant uniquement pour participer aux débats parlementaires.

Le concept de droite et gauche étant assez flou au Brésil, pas moins de 26 partis sont représentés à la Chambre.

La majorité parlementaire se négocie souvent en échange de nominations de membres des partis à de hautes fonctions, notamment des ministères.

Mais la chambre est aussi dominée par de puissants lobbys qui transcendent la logique des formations politiques.

Les intérêts conservateurs se rejoignent dans un groupe informel intitulé "BBB" (Bible, Boeufs et Balles), représentant respectivement les religieux évangéliques, l'agro-business les partisans d'une ligne sécuritaire.

Selon la sociologue Débora Messenberg, de l'Université de Brasilia, 73% des députés se reconnaissent dans les valeurs du "BBB".

"Il y a une myriade de petits partis qui ne représentent rien en termes d'idées et de projets de société, c'est pourquoi les lobbys qui dépassent cette notion de parti ont énormément de pouvoir", déplore Érica Kokay, du parti des travailleurs (PT) de gauche.

- 'Dieu et la patrie' -

"Le fait qu'ils évoquent Dieu ou la patrie pour justifier leurs choix politiques en dit long sur le profil de ces parlementaires", abonde Débora Messemberg.

Le député de droite Marcos Rogerio, du parti DEM, n'a jamais caché qu'il défendait les valeurs des groupes évangéliques. "Le Parlement a renoué avec les caractéristiques du Brésil, qui est un pays conservateur et traditionaliste", estime ce député de 39 ans, "on ne peut pas dissocier les gens de leurs préférences religieuses".

La cote de popularité du président Temer est tombée au plus bas (5%), selon un sondage publié cette semaine, et 70% des Brésiliens considèrent son gouvernement "mauvais ou exécrable".

Mais le chef de l'État connaît parfaitement les arcanes de la Chambre des députés, qu'il a présidé à trois reprises.

Il a mené d'intenses tractations ces dernières semaines et son entourage se dit confiant dans sa capacité à réunir les soutiens nécessaires pour empêcher son procès.

Mais dans une chambre pleine d'intrigues et de trahisons, personne n'est à l'abri d'un retournement de situation.

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