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30/07/2017 05:06 EDT | Actualisé 30/07/2017 06:22 EDT

Élection d'une Assemblée constituante sous haute tension au Venezuela

Les Vénézuéliens sont appelés à voter aujourd'hui pour l'élection d'une Assemblée constituante massivement rejetée par l'opposition qui organise des manifestations pour bloquer le projet politique de l'impopulaire prédisent Nicolas Maduro.

Les bureaux de vote ont ouvert à 6 heures, heure locale, sous une surveillance accrue de l’armée, pour élire les 545 membres de la Constituante, dans un pays paralysé et menacé d’effondrement économique.

Le scrutin controversé intervient dans un climat délétère marqué par des violences qui ont fait depuis avril plus de 115 morts. Plus de 230 000 soldats seront déployés pour protéger les bureaux de vote.

Dans l'État occidental de Tachira, plusieurs centaines de personnes ont incendié samedi des machines à voter installées dans deux écoles.

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, qui a voté dimanche avec sa femme dans la banlieue ouest de Caracas, a fait fi des critiques de l’opposition et de la réprobation de pays étrangers, en menant à terme son projet.

« Nous sommes à la veille d'une grande victoire électorale. Ils n'ont pu empêcher la Constituante. C'est déjà une réalité politique », a lancé M. Maduro samedi lors d'un meeting.

Forte du soutien populaire, l’opposition rassemblée dans la coalition Table de l’unité démocratique (MUD), qui n’a pas pu empêcher la tenue du scrutin, se projette déjà dans l’après-élection.

« Il en restera que cette fraude constitutionnelle et électorale est la plus grave erreur historique qu'ait pu commettre Maduro », a affirmé le député Freddy Guevara, au nom de la coalition de l’opposition pour qui la Constituante n’est que la dernière étape de la mise en place d’une dictature.

D'ici demain, il sera clair que ce n'est pas seulement une fraude constitutionnelle, mais aussi la plus grande erreur historique commise par Maduro et sa bande.

Freddy Guevara, un des chefs de l'opposition au Venezuela

Vers une « dictature communiste » ?

La Constituante a été rejetée par plus de sept millions de Vénézuéliens lors d’un référendum symbolique organisée le 16 juillet par l’opposition qui joue son va-tout pour empêcher le vote de ce dimanche.

Selon l'analyste Benigno Alarcon, le gouvernement cherche à éviter une forte abstention, après le référendum symbolique que la MUD dit avoir réussi.

La MUD accuse Nicolas Maduro de vouloir instaurer une dictature communiste, en s’arrogeant tous les pouvoirs. Selon des sondages de l’institut Datanalisis, plus de 80 % des Vénézuéliens désapprouvent sa gestion du pays et 72 % son projet de Constituante.

Elle n'a pas été convoquée pour résoudre les problèmes du pays, mais celui d'une révolution qui ne peut gagner des élections.

Luis Vicente Leon, président de Datanalisis

Luis Vicente Leon juge, en revanche, l’élection d’une Constituante nécessaire, car il voit dans ce projet un moyen de mettre fin à la violence et sauver l’économie du Venezuela en proie à une grave pénurie de produits alimentaires et de médicaments.

L’opposition est persuadée que la Constituante permettra au gouvernement de dissoudre l’Assemblée nationale contrôlée par l’opposition, et de différer la tenue des prochaines élections et revoir la loi électorale dans l’objectif de se maintenir au pouvoir.

Figure emblématique du chavisme, la procureure générale, Luisa Ortega, a rejoint le camp de l’opposition en appelant au rejet de la Constituante. Me Ortega a dénoncé une rupture de l’ordre constitutionnel.

Réprobation et sanctions

Le projet de Nicolas Maduro a suscité également la réprobation au-delà des frontières du pays.Le gouvernement vénézuélien s’est ainsi mis à dos les États-Unis et plusieurs pays latino-américains et européens.

Les États-Unis, premier marché pour l’industrie pétrolière du Venezuela, ont décidé de sanctions à l’encontre de 13 responsables proches du chef de l’État vénézuélien. Washington n’exclut pas d’autres sanctions contre Caracas après le scrutin.

La Colombie et le Panama ont prévenu qu’ils ne reconnaitraient pas les résultats du vote.L'ex-chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, a insisté samedi à un dialogue, accusant le gouvernement d’être responsable de l’échec de la première table de dialogue en décembre dernier.

Le président socialiste maintient le cap sur le vote et accuse l’opposition de fomenter un coup d’État avec le soutien de l’étranger.

Les deux tiers des sièges seront choisis par municipalité, ce qui surreprésente les zones rurales, progouvernementales, aux dépens des villes, dominées par l'opposition.

Les employés du secteur public, au nombre de 2,8 millions, subissent de fortes pressions pour aller voter.

L’élection de ce dimanche suscite des inquiétudes alors que le chaos plane sur le pays. Morts, violences, barricades, cocktails Molotov, c’est dans ce climat de terreur que les Vénézuéliens s’empressent de stocker de la nourriture ou carrément quitter le pays en proie à une violence extrême.

Les États-Unis, le Canada et le Mexique ont appelé leurs ressortissants à ne pas se rendre au Venezuela.

La dernière Constitution du Venezuela a été écrite sous la présidence d'Hugo Chavez. Elle a renforcé le pouvoir exécutif et gravé dans le marbre le droit à la santé ou à l'éducation.

Mais contrairement à Maduro, Hugo Chavez avait au préalable obtenu par référendum l'assentiment de la population pour réécrire la loi fondamentale.