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24/07/2017 13:05 EDT | Actualisé 25/07/2017 11:42 EDT

Les défis de Roche, papier, ciseaux

Le jeu est simple. Mais l'ambition de ce premier film de Yan Lanouette Turgeon, diffusé vendredi 28 juillet à 2 h 15 sur ICI Radio-Canada Télé, ne l'est pas tant.

Dans Roche, papier, ciseaux, il y a trois hommes. Un truand à la petite semaine qui voyage du Nord vers Montréal, un mystérieux chargement dans son coffre. Un médecin paniqué par une dette de jeu et qui devra flirter avec l’illégalité pour s’en sortir. Et un vieil Italien, sans grands moyens, qui rêve de ramener la dépouille de sa femme au pays. Entre eux, la mafia chinoise tisse des liens.

Mais dans Roche, papier, ciseaux, qui pratique avec enthousiasme un cinéma de motels de bord de route et d’armes mal cachées, il y a aussi trois défis. Et pas des moindres pour un premier film.

Le défi du récit choral

On le sait, au cinéma, il n’y a rien de plus difficile. Même Robert Altman, grand manitou du genre, s’y est parfois perdu. Mais Yan Lanouette Turgeon trouve une astuce pour ne pas trop s’empêtrer dans les déséquilibres, les fils trop lâches ou les rythmes défaillants : unir ses trois personnages par un même état, celui de la désillusion. Ils sont au bout du rouleau, certes, mais chacun expérimentera aussi sa propre façon d’évoluer. Oui, le souffle du tout manque parfois, oui, tous les trois ne sont pas héros de segments de même valeur, mais l’ambition est à saluer.

Le défi de personnages construits

Oui, nos trois personnages ont du plomb dans l’aile. Mais aucun d’eux n’est défini par cette seule dimension. Complexes, construits sans être typés ou caricaturaux, mystérieux sans être opaques, ils deviennent alors, pour les comédiens, Roger Léger et Samian en tête dans le segment le plus irrévérencieux et rafraîchissant du film, de beaux os avec suffisamment de chair à ronger pour que, sur l’écran, s’imprime plus que des ombres.

Le défi de la mise en scène

Frondeuse? Qui ne s’excuse pas d’être parfois ostentatoire? Bravache? Oui. Et fière de l’être, en plus. Malgré son goût un brin trop prononcé pour les ralentis lyriques, la mise en scène cinéphile de Roche, papier, ciseaux épate par son assurance, citant autant le polar de série B que le western, les Coen (les seconds rôles pas piqués des vers, les truands dans toute leur banalité) que Tarantino (la musique), modèles qui permettent assurément ce genre d’audaces formelles. Mais si le spectacle est là, ce n’est pas non plus au détriment de l’intégrité artistique. Le genre de premier film qui donne aussi envie de suivre la suite.La bande-annonce de Roche, papier, ciseaux. Le film sera diffusé vendredi 28 juillet, à 2 h 15, sur ICI Radio-Canada Télé (source : YouTube).