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23/07/2017 23:41 EDT | Actualisé 24/07/2017 00:00 EDT

Il y a un an, l'assassinat jihadiste d'un prêtre bouleversait la France

Il y a un an, un prêtre octogénaire du nord-ouest de la France était égorgé en pleine messe par deux jihadistes, une première en Europe qui a bouleversé le pays mais aussi suscité nombre d'initiatives pour renforcer le dialogue chrétiens-musulmans.

Le 26 juillet 2016, douze jours après l'attentat de Nice sur la Riviera française (86 morts), Jacques Hamel, 85 ans, était assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray, une ville de la banlieue de Rouen, alors qu'il célébrait la messe pour cinq fidèles.

Les assassins, qui se réclamaient du groupe État islamique (EI), Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, 19 ans, ont été tués par les forces de l'ordre à leur sortie de l'église.

Deux hommes ont été écroués dans cette affaire, sur lesquels les enquêteurs attendent toujours des retours d'informations de la zone irako-syrienne, d'où ils auraient été téléguidés, selon une source proche du dossier.

A la veille de la commémoration, chrétiens et musulmans de cette ville de près de 30.000 habitants se disent plus que jamais unis.

"L'attentat, c'était probablement pour monter les religions les unes contre les autres. C'est un échec total. Nous avons reçu beaucoup de messages de soutien de musulmans. Nous avons eu des visites de musulmans du Canada, de Grande-Bretagne, d'Égypte", a expliqué à l'AFP Auguste Moanda, prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, dont Jacques Hamel était l'auxiliaire. Il regrette seulement "quelques courriers" s'en prenant à l'islam.

Hamadi Lakhdhar, chargé de l'entretien de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, pense aussi que l'attentat a "échoué" à répandre la "haine": "il y a toujours des racistes mais c'est une minorité. La plupart des gens savent qu'on ne peut pas faire ça au nom de l'islam".

Musulman algérien, Mohammed Nadim a, lui, publié un "Requiem pour le père Jacques Hamel" préfacé par l'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, "infiniment reconnaissant" devant ces "lettres d'un musulman" remplies d'émotion.

Une "réaction spontanée", confie à l'AFP l'auteur qui vit entre Paris et le sud de l'Algérie. "On ne peut devant un tel drame baisser les paupières et dire nonchalamment +comment va le monde?+".

D'autres initiatives ont fleuri en faveur du dialogue islamo-chrétien, loin de la confrontation interreligieuse voulue par le groupe EI.

Pourtant, à l'époque, les responsables religieux ont éprouvé "une grande peur": "allait-t-il y avoir une réaction très violente à l'égard des musulmans?", raconte le directeur du Service national pour les relations avec les musulmans (SNRM) à la Conférence des évêques, le père Vincent Feroldi.

Et le prêtre salue la décision "complètement impensable" du Conseil français du culte musulman (CFCM) d'appeler les fidèles des mosquées à assister aux messes dans les églises, le week-end suivant la mort du père Hamel. Des centaines de musulmans avaient répondu à l'appel. Un vrai "dimanche de la fraternité" pour le père Feroldi.

Depuis, dit-il, s'il demeure dans l'opinion publique "une peur" de l'islam, "il y a eu chez ceux qui côtoient des musulmans une réactivation et même un développement d'initiatives à petite échelle: repas partagés, journées portes ouvertes, visites...".

Sans parler du dialogue institutionnel à haut niveau. "J'ai été contacté par Al-Azhar (institution sunnite du Caire, NDLR), par des chiites iraniens...", se souvient le prêtre.

"Le piège qui était tendu pour monter les communautés les unes contre les autres les a plutôt rapprochées", affirme aussi Anouar Kbibech, président du CFCM jusqu'en juin. Son institution entend continuer sur cette voie avec des "thés de la fraternité" dans les mosquées deux fois par an.

Au fil des attentats perpétrés en France depuis 2012, le discours a changé. Désormais, "la plupart de nos interlocuteurs ne nous disent pas +ça n'a rien à voir avec l'islam+ mais reconnaissent que ces actes, s'ils correspondent à des interprétations fausses de textes religieux, émanent de personnes musulmanes", glisse le père Feroldi.

Le frère dominicain du Caire Adrien Candiard, islamologue reconnu, relève que ce qui pouvait subsister de "dialogue un peu naïf" avant 2012 a pris "du plomb dans l'aile".

"Il y a aujourd'hui dans le monde musulman une crise grave dont on voit l'expression violente", note-t-il. Mais il se réjouit du "besoin de comprendre" l'islam de fidèles catholiques et d'une envie, des deux côtés, "de travailler à un vrai dialogue théologique", sur un terrain "assez miné par l'histoire et l'actualité". Un groupe international de savants chrétiens et musulmans a été créé en ce sens par le SNRM.

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