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14/07/2017 10:17 EDT | Actualisé 14/07/2017 10:40 EDT

Pays-Bas: la propriété d'une momie chinoise disputée devant la justice

Un litige sur la propriété d'une statue de Bouddha millénaire contenant des restes humains momifiés, revendiquée par des villageois chinois, s'est ouvert vendredi devant la justice néerlandaise.

L'amateur d'art néerlandais Oscar van Overeem est accusé par les villageois d'avoir acquis "de mauvaise foi" cette statue disparue il y a plus de vingt ans du temple de leur village et qui, selon eux, contient le corps de leur ancêtre.

Mais le collectionneur, qui a acheté la statue à Hong Kong en 1996, a affirmé vendredi devant le tribunal civil d'Amsterdam s'en être séparé en novembre 2015.

Il a procédé à un échange, troquant la statue contre d'autres pièces de la collection d'un homme d'affaires qui souhaite "rester anonyme", a expliqué M. Van Overeem.

"L'accord d'échange et de vente a été conclu oralement", a précisé son avocat Turan Teke.

Surnommée le "Patriarche de Zhanggong", la momie a disparu fin 1995 du temple de Yangchun, dans la province du Fujian dans l'est de la Chine, après avoir été vénérée pendant des siècles.

Des villageois chinois ont affirmé l'avoir reconnue en 2015 lors d'une exposition au Musée d'histoire naturelle de Budapest.

Un temps exposée au Drents Museum aux Pays-Bas, cette statue a été prêtée au musée Budapest, également pour y être exposée. Elle avait ensuite été retirée des salles et renvoyée aux Pays-Bas à la demande du Drents Museum, selon le musée hongrois.

Le musée néerlandais avait assuré pour sa part que l'oeuvre lui avait été "prêtée en 2013 par un collectionneur hollandais d'art chinois" pour une exposition itinérante sur les momies, installée au musée de février à août 2014.

Réalisée au 11e ou 12e siècle sous la dynastie des Song, la statue recèle les reliques d'un moine dont, fait exceptionnel, pratiquement toute l'enveloppe extérieure et le squelette ont été momifiés, d'après des analyses au scanner.

En vertu de la loi néerlandaise, "une personne n'a pas le droit d'avoir en sa possession un corps connu" et donc les descendants du moine sont en droit de récupérer leur ancêtre, selon l'avocat des villageois, Jan Holthuis.

L'avocat a exposé vendredi plusieurs arguments visant à démontrer que la statue dont il est question est bien celle qui a été volée au temple.

Elle a été "reconnue sans réserve par les villageois", a-t-il souligné, détaillant plusieurs de ses spécificités physiques.

Mais M. Van Overeem a nié que l'ancienne pièce de sa collection correspondait à cette description.

Au terme de près de trois heures de débat, le juge Jeroen Thomas a demandé aux avocats des parties de soumettre de nouveaux arguments écrits.

Il devrait ensuite décider si Oscar van Overeem doit ou non divulguer le nom de l'actuel propriétaire de la momie. Cela prendra "quelques mois", d'après M. Holthuis.

L'affaire est suivie de près car elle pourrait être l'une des premières restitutions réussies de reliques chinoises devant la justice, selon la presse chinoise.

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