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06/07/2017 00:27 EDT | Actualisé 06/07/2017 00:40 EDT

Commerce: UE et Japon scellent un accord ambitieux en réponse à Trump

Japonais et Européens scelleront jeudi, à la veille du G20, les grandes lignes d'un ambitieux accord commercial, conçu comme une réponse aux tendances protectionnistes américaines.

"Ce serait un signal important, un signal que nous prenons les choses au sérieux et que nous nous engageons pour un commerce libre et équitable", se félicite le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dans une tribune publiée jeudi dans le quotidien allemand Passauer Neue Presse.

M. Juncker présentera à la mi-journée cet "accord de partenariat économique", lors d'un sommet à Bruxelles avec le président du Conseil européen --qui représente les Etats membres-- Donald Tusk et le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

La route vers un traité commercial définitif est encore longue, sans doute plusieurs mois, mais en parvenant à un "accord politique", Européens et Japonais officialisent leur entente sur la plupart des sujets importants.

L'UE et le Japon ont mis les bouchées doubles ces dernières semaines pour parvenir à un accord avant le G20 de vendredi et samedi à Hambourg, en Allemagne.

Leur objectif: envoyer un signal en faveur du libre-échange, notamment au président américain Donald Trump, dont la politique protectionniste inquiète ses partenaires.

- Indifférence -

Dès son arrivée au pouvoir en janvier, M. Trump a retiré son pays du Traité transPacifique (TPP) signé avec 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon, la troisième puissance économique mondiale.

Les Japonais s'étaient alors recentrés sur les négociations avec l'UE, au point d'en faire une priorité.

"Il est extrêmement important que le Japon et l'UE défendent le libre-échange (...), à un moment où le monde fait face à des tendances protectionnistes", a plaidé mardi le Premier ministre Shinzo Abe.

Négocié depuis mars 2013 dans une quasi-indifférence, le JEFTA (Japan-EU free trade agreement) pèsera lourd: l'UE est le troisième partenaire commercial du Japon, tandis que le Japon --127 millions d'habitants-- arrive en sixième position pour le Vieux Continent.

Des voix ont commencé à s'élever depuis l'intensification des pourparlers pour dénoncer des négociations menées "derrière des portes closes".

Selon une source européenne, le texte final couvrira "99% des échanges" entre les deux puissances.

Côté européen, le secteur agroalimentaire sort "grand vainqueur" des négociations: "zéro droit de douane pour presque tous les produits alimentaires", se félicite cette même source.

Les deux parties ont bataillé jusqu'à la dernière minute pour parvenir à un compromis "très satisfaisant" --mais encore non détaillé-- sur la question sensible des produits laitiers, et notamment des fromages importés des pays de l'UE, soumis à des taxes très élevées au Japon.

- Point de discorde -

"Pour nos agricultuteurs, c'est une grande chance de pénétrer un marché avec un grand pouvoir d'achat où l'on apprécie nos vins européens" et sur lequel "plus de 200 produits régionaux" seront protégés, a résumé M. Juncker dans sa tribune.

Les Japonais obtiennent de leur côté un libre accès au marché européen pour leur industrie automobile, mais seulement à l'issue d'une période de transition, qui ne devrait guère être éloignée des sept années réclamées par les constructeurs européens.

La rédaction définitive d'un texte commun nécessitera cependant plusieurs mois de travail.

D'abord parce que les deux parties doivent maintenant s'entendre sur les détails techniques. Ensuite car un point de discorde majeur subsiste sur la délicate question du règlement des différends entre Etats et investisseurs.

Ce mécanisme très contesté par les ONG a par exemple permis à Philip Morris d'attaquer l'Uruguay pour sa politique anti-tabac ou au géant minier OceanaGold de poursuivre le Salvador pour lui avoir refusé un permis d'exploitation pour raisons environnementales.

Les Japonais sont favorables à un système d'arbitrage classique, à l'instar de ceux que l'on retrouve dans la plupart des accords commerciaux du monde.

Les Européens, eux, espèrent les convaincre d'accepter le principe novateur d'un tribunal permanent et aux audiences publiques, à l'image de celui qu'ils vont mettre en place dans l'accord récemment signé --dans la douleur-- avec le Canada, le CETA.

zap/agr/roc