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20/06/2017 09:52 EDT | Actualisé 20/06/2017 10:00 EDT

Portugal : le feu repart de plus belle, crash d'un Canadair

La lutte contre un gigantesque incendie a de nouveau pris un tour dramatique mardi avec le crash d'un Canadair dans le centre du Portugal où les flammes ont repris de plus belle, alors qu'enflait la polémique sur le drame de la "route de la mort".

Le feu est reparti brusquement dans l'après-midi dans la région de Pedrogao Grande, où l'incendie a démarré samedi. Un avion Canadair s'est écrasé en fin d'après-midi dans cette zone, selon la protection civile, qui n'était pas en mesure d'en préciser la nationalité.

Onze avions de lutte anti-incendie, dont des Canadair, ont été dépêchés depuis dimanche par l'Espagne (six), la France (trois) et l'Italie (deux). Le Portugal a affrété de son côté deux Canadair, selon le porte-parole.

La protection civile espagnole a affirmé à l'AFP qu'aucun Canadair envoyé par l'Espagne n'avait eu d'accident.

27 hameaux de la commune de Gois, au nord de la zone, ont dû être évacués, dont une maison de retraite, ainsi que 13 autres à l'est de Pedrogao Grande.

"Nous avons une situation grave, qui pourrait devenir gravissime", a déclaré la maire de Gois, Lurdes Castanheira, qui craint que les flammes ne "menacent la population".

"Malheureusement, il y a des gens qui s'obstinent à rester chez eux, ils ne prennent pas en compte ce qui s'est passé à Pedrogao Grande (où des habitants sont morts dans leurs maisons, ndlr). Ils disent qu'ils ont des tuyaux d'arrosage et de l'eau", s'est inquiétée la maire.

- Polémique -

En parallèle, la controverse a pris de l'ampleur autour du drame de la nationale 236, sur laquelle 47 personnes sont mortes samedi, dont 30 piégées dans leurs voitures rattrapées par le feu. Parmi elles, beaucoup de familles de retour de baignade dans une rivière.

Le Premier ministre Antonio Costa a réclamé des "éclaircissements rapides" à la gendarmerie, mise en cause par des rescapés.

Une survivante a raconté à la télévision que les gendarmes avaient eux-mêmes dirigé une partie des personnes en fuite vers cet axe en proie aux flammes, alors qu'elles essayaient de rejoindre une voie express toute proche, la route IC8.

"Quand nous sommes arrivés au niveau de l'IC8, les militaires ne nous ont pas laissé passer. Comme ils nous ont demandé de poursuivre notre chemin (vers la route 236), nous pensions que la route était sans danger, mais elle ne l'était pas", a déclaré Maria de Fatima.

Les gendarmes devront expliquer "pourquoi la route nationale 236 n'a pas été fermée à la circulation", mais aussi si cette voie "a été indiquée par les autorités compétentes comme alternative à la route IC8" qui était fermée, selon une circulaire signée par le chef du gouvernement.

Environ 1.200 pompiers et 400 véhicules restaient mobilisés dans la région de Pedrogao Grande pour lutter contre l'incendie dont le bilan s'élevait mardi à 64 morts et 157 blessés, dont sept graves.

- Funérailles de victimes -

Les funérailles de six des victimes étaient prévues mardi soir près de la zone touchée par la catastrophe.

Dans l'ensemble du Portugal, plus de 2.000 pompiers sont engagés sur une centaine de foyers d'incendie.

Les critiques se multipliaient aussi dans les bourgades, où des habitants se plaignent de ne pas avoir reçu assez de secours.

"Samedi après-midi, personne n'a vu un pompier pendant que le feu brûlait. Les gens sont en colère contre ça", explique Isidro Silva, 59 ans, propriétaire d'un moulin à Graca, reconnaissant que la situation était rendue difficile par la rapidité de propagation du feu, attisé par un vent violent.

A Carreira, Jose Antonio Jesus Marques, 66 ans, estime que les autorités locales devraient "mettre un véhicule de pompiers" en permanence dans les petites localités. Comme beaucoup, il n'a pas vu les pompiers jusqu'au dimanche, alors que tous les eucalyptus entourant sa maison s'étaient consummés.

L'omniprésence au Portugal de ces arbres, hautement inflammables, alimentait d'ailleurs la controverse. Pour Joao Camargo, expert du changement climatique cité par le journal Publico, les plantations industrielles incontrôlées d'eucalyptus jouent un rôle crucial dans l'augmentation de la fréquence des incendies au Portugal.

En brûlant, ils peuvent "projeter des écorces incandescentes à une distance de deux kilomètres", explique l'expert. Selon lui, le Portugal est le pays où la superficie d'eucalyptus est proportionnellement la plus élevée au monde (9% du territoire).

Près de 26.000 hectares de forêt ont déjà été consumés par les flammes, selon le Système européen d'information sur les incendies de forêt.

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