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20/06/2017 16:41 EDT

Nouvelles épreuves olympiques : un geste de détresse ou stratégie délibérée?

BILLET - Après Citius, Altius, Fortius (plus vite, plus haut, plus fort) voici que le Comité international olympique (CIO) vise être plus jeune, plus urbain et plus égalitaire.

Il y a quelques semaines, le CIO annonçait l’addition de 15 épreuves au programme déjà bien chargé des Jeux de Tokyo en 2020. Rappelons qu’il y a un an, cinq nouveaux sports ont été ajoutés: le surf, l’escalade, le karaté, le baseball/balle molle et la planche à roulettes.

Ce qu’ils ont omis de dire est qu’avec cet ajout majeur, il y a le remplacement de neuf épreuves et l’élimination d’une autre. Par exemple: en canoë, on remplace trois épreuves masculines par trois épreuves féminines.

Imaginez un athlète qui s’entraîne depuis 15 ans au centre de lac Beauport. Il voit enfin son rêve olympique se concrétiser alors que nous sommes à seulement trois ans des prochains Jeux d’été. Il aspire même à une médaille. Il aurait appris, il y a deux semaines, en même temps que nous, qu’il devra accrocher sa pagaie parce que la discipline dans laquelle il excelle n’existe plus. Imaginez le choc!

Je me questionne donc sur la pertinence de ce dernier ajout d’épreuves. Ça ressemble plus à un geste de détresse qu’à un plan stratégique global bien pensé.

Comment est-ce possible de changer la programmation olympique à moins de quatre ans d’une cérémonie d’ouverture? Il serait si simple d’établir une règle stipulant qu’il faut un délai d’au moins cinq ans pour modifier ou éliminer une épreuve, sinon c’est jouer avec la vie des athlètes. Croyez-moi, je suis de ceux qui croit que le programme olympique est à revoir, que l’égalité des genres est plus que souhaitable, mais il faut prendre notre temps et aussi considérer l’athlète dans toutes nos décisions.

Nous sommes devant le fait accompli donc ça ne donne rien de revenir trop sur cette décision, mais mes pensées sont avec ces athlètes pour qui la carrière vient pratiquement de se terminer.

Voici donc les épreuves qui seront ajoutées au programme de Tokyo 2020 :

  • Basketball 3x3 (masculin et féminin)
  • BMX style libre
  • Natation 800 m homme, 1500 m femmes et Relais 4x100 m Mixte quatre nages
  • Tir à l’Arc mixte par équipe
  • Athlétisme relais 4x400m mixte
  • Cyclisme sur piste Madison hommes et femmes
  • Escrime par équipe hommes et femmes
  • Judo par équipe mixte
  • Tennis de Table double mixte
  • Relais mixte en triathlon

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a quelques évidences qui sautent aux yeux lorsque je regarde cette liste. D’abord, est-ce que quelqu’un peut me dire comment la natation peut avoir une épreuve de plus sans devoir en éliminer une autre alors qu’elle en comptait déjà 31?

Les défenseurs diront qu’un 100 m papillon est bien différent d’un 400 m style libre, j’en conviens. Cela étant dit, avec 31 épreuves, désolé, mais tous les besoins dans la piscine devraient être comblés. Et pour ajouter à mon point, comment un athlète peut-il avoir 28 médailles (dont huit en 2004 et en 2008) à son actif si c’est si différent?

Il ne faut pas oublier non plus que c’était déjà quasi impossible pour un pays faible en natation de se tailler une place honorable au tableau des médailles. Imaginez maintenant. Ma chère Penny, les attentes canadiennes reposeront encore plus sur tes épaules en 2020!

L’autre point qui ressort de cette liste est l’addition de toutes ces épreuves mixtes dans le but de se rapprocher d’un équilibre entre les hommes et les femmes au niveau de la participation. J’adore l’idée d’avoir autant d’épreuves féminines que masculines, mais est-ce sincèrement un progrès pour la condition féminine dans le sport que d’avoir du tir à l’arc et du Judo mixte par équipe?

Les pays bien représentés dans ces sports vous diront que oui. Bien sûr, on aime tous augmenter nos chances de médailles, mais lorsque je parle d’un plan stratégique qu’il aurait fallu établir il faut justement que ce soit fait de façon juste et équitable. Ces épreuves mixtes ne favoriseront que les grandes nations qui ont un grand bassin d’athlètes et où la condition des femmes est déjà valorisée.

Peut-être suis-je trop cynique et que dans le fond le CIO mise sur le fait que ces épreuves mixtes inciteront les pays à offrir plus d’opportunités aux jeunes filles qui désirent faire du sport. Peut-être.

Finalement, du basketball à trois contre trois? Je dois avouer trouver ça plus excitant à regarder, mais le soccer à sept contre sept doit l’être aussi.

Sans vouloir trop m’accrocher dans les détails cachés de cette nouvelle, mon point est simplement que le CIO semble réagir plutôt qu’agir. Il est sur les talons, c’est évident. Il vient même de perdre son plus grand ami en Ronald McDonald. Oui, fini le McDo dont on parle tout le temps dans le village des athlètes.

En fait les athlètes d’hiver auront une dernière chance de se servir un trio Big Mac eux-mêmes à Pyeongchang. Pourtant l’entente était signée jusqu’en 2020.

Que l’on doute de la pertinence de cette amitié ou pas, ce divorce démontre clairement qu’il y a des trous dans la coque. Et lorsqu’il y a des trous dans la coque, on ne doit pas sauver le bateau en changeant les hublots.