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20/06/2017 07:27 EDT | Actualisé 20/06/2017 07:40 EDT

Mossoul, terre de danger extrême pour les journalistes

Le décès de deux journalistes, un Irakien et un Français, après l'explosion lundi d'une mine à Mossoul, vient rappeler les conditions très difficiles dans lesquelles la presse couvre le conflit en Irak, et la bataille de Mossoul en particulier.

"En 2015-2016, l'Irak a fait partie des trois pays dans le monde où le plus de journalistes ont été tués", rappelle à l'AFP Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF).

Selon cette ONG, en incluant le Français Stephan Villeneuve et son confrère irakien Bakhtiyar Addad, 28 journalistes sont morts en Irak depuis 2014 dans l'exercice de leurs fonctions.

Parmi eux, neuf reporters, dont huit de nationalité irakienne, ont perdu la vie en couvrant l'offensive de Mossoul, lancée à l'automne 2016 pour reprendre la deuxième ville du pays aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), d'après Ziad Al-Ajili, de l'Observatoire irakien pour la liberté de la presse.

Contrairement à un conflit entre des armées régulières, "c'est une guerre de partisans, avec des acteurs comme Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr), une sorte de guerre anarchique où le danger qui peut venir de partout", explique Reza Moini, spécialiste de l'Irak chez RSF.

A Mossoul, la configuration des lieux et le fait que les journalistes accompagnent les forces irakiennes en font des cibles potentielles pour les jihadistes.

"C'est un des endroits les plus dangereux à couvrir, il est impossible de prévoir les choses qui peuvent se passer : il y a des snipers embusqués, des drones qui peuvent lâcher des charges explosives sur votre véhicule...", décrit Etienne Leenhardt, responsable du service reportages de la rédaction du groupe audiovisuel public France Télévisions. "C'est un labyrinthe, un dédale de petites rues et de ruelles, avec des civils au milieu, vous n'avez aucune visibilité", ajoute-t-il.

"Mossoul, c'est la fin du combat pour quelques centaines de jihadistes qui jouent leur va-tout pour sauver leur +capitale+. Ils cherchent à infliger le maximum de dégâts, et la vie humaine n'a aucune valeur pour eux", souligne à l'AFP Georges Malbrunot, reporter au quotidien français Le Figaro, ex-otage en Irak et qui retourne régulièrement depuis 2013 dans le pays.

- 'Epuration journalistique' -

Les médias, en particulier irakiens, avaient déjà payé un lourd tribut lors de la conquête de la ville par l'EI en 2014.

Lors de l'arrivée du groupe sunnite ultra-radical, "Mossoul a fait l'objet d'une épuration journalistique, avec une majorité de journalistes poussés à l'exil", et "au moins 10 journalistes et collaborateurs de médias sont toujours retenus en otages par l'EI" dans cette ville stratégique du nord de l'Irak, souligne Christophe Deloire.

Les rédactions dont les journalistes travaillent dans des zones de conflit ont beau évaluer en permanence les risques encourus et prendre toutes les précautions possibles pour les protéger, le risque zéro n'existe pas.

Parmi les multiples procédures mises en place à France Télévisions "les journalistes qui vont sur le terrain sont volontaires pour le faire, ils ont des consignes très strictes, notamment en termes de matériel (gilets pare-balles, casques...). Ils portent aussi un traqueur, un appareil qui permet de les localiser en cas de besoin", détaille Etienne Leenhardt.

"Une de nos équipes est allée à Raqa la semaine dernière et que nous avons décidé de sortir (de Syrie) au bout de 48 heures, parce que nous considérions que ce n'était pas un risque +raisonnable+", dit-il.

Toutefois, "nous continuons à dire qu'il est important de ne pas déserter les terrains (de conflit). Il faut couvrir la souffrance des civils, les enjeux politiques, les conflits ethniques qui se profilent, pour que tout cela ne passe pas sous le radar", souligne-t-il.

"Si les journalistes ne couvraient que les endroits parfaitement pacifiques et ne prenaient aucun risque, on aurait une vision de la situation qui ne correspondrait pas à la réalité du monde" fait valoir Christophe Deloire de RSF. "C'est le rôle des journalistes de nous faire connaître aussi la situation dans ces lieux dangereux et les conditions de vie des personnes dans ces lieux de conflit".

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