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20/06/2017 07:21 EDT | Actualisé 20/06/2017 07:40 EDT

La guérilla des Farc rend les armes, mais la Colombie reste divisée

Le désarmement des Farc est entré dans sa phase finale mardi, mais la Colombie est divisée face au processus de paix et éreintée par des décennies de violence, dont l'attentat de samedi à Bogota, condamné par la guérilla, est le dernier avatar.

"L'opposition au processus et à l'accord (signé fin 2016 avec les Farc, ndlr) est claire et forte", estime l'analyste Beatriz Rettberg dans un entretien à l'AFP.

Elle rappelle qu'une première version du texte avait été rejetée par une majorité de Colombiens l'an dernier par référendum, obligeant à une renégociation de l'accord. Cette dernière mouture avait finalement été approuvée par le Parlement.

Le processus de paix, qui a valu au président colombien Juan Manuel Santos le prix Nobel de la Paix, vise à tourner la page du plus ancien conflit armé d'Amérique latine qui a fait au moins 260.000 morts et duré un demi-siècle.

Mais parmi les nombreuses "difficultés" que voit Mme Rettberg, professeure à l'université des Andes, il y a les actes de violence, comme l'attentat de samedi dans un centre commercial de la capitale, qui a tué trois femmes dont une Française, les intérêts des "activités économiques illicites" de bandes criminelles et de narcotrafiquants, et l'opposition de certains secteurs de la société.

Dans le camp du "non" à l'accord de paix, on trouve notamment le parti Centre démocratique (droite), d'Alvaro Uribe. L'ex-président, aujourd'hui sénateur, estime que le gouvernement a fait trop de concessions aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

"Un accord mal fait génère plus de violence", affirme le sénateur Ernesto Macias, du même parti, car "on donne un mauvais exemple à d'autres organisations" en accordant, par exemple, des amnisties à certains guérilleros.

Les auteurs de l'attentat de Bogota n'ont pas encore été identifiés et leurs motivations restent inconnues, mais cette attaque survient à un moment charnière du processus de paix: d'ici la semaine prochaine les Farc devraient remettre les 60% restants de leur arsenal à la mission de l'ONU en Colombie, avant le retour à la vie civile des quelque 7.000 guérilleros.

Or M. Macias admet que si l'on ne peut "pas parler des auteurs de l'attaque tant que les autorités ne les ont pas identifiés, (...) il est possible qu'il y ait des groupes violents qui veulent avoir l'impunité et les bénéfices de ce mauvais exemple" avec les Farc.

- 'Une paix par tranches' -

Après l'attentat, le président Santos s'est empressé de défendre le processus de paix.

"Soyez sûrs que nous n'allons pas permettre que ce qui a été accompli jusqu'à présent soit freiné par des extrémistes, des lâches ou ceux qui ne veulent pas la réconciliation du peuple colombien", a promis le chef de l'Etat.

L'attentat "ne peut venir que de ceux qui veulent fermer les chemins de la paix et de la réconciliation", a estimé le chef des Farc, Rodrigo Londoño, alias "Timochenko".

Alvaro Villarraga, directeur du Centre pour la mémoire historique, se veut plus nuancé: les auteurs de l'attaque peuvent tout aussi bien être des "membres radicalisés de secteurs voulant entrer en insurrection" que des groupes cherchant à "saboter le processus de paix".

Il rappelle à quel point le conflit armé colombien est complexe, impliquant pendant plus de 50 ans une trentaine de guérillas, des milices paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre, dans ce pays également marqué par la violence du narcotrafic.

Les affrontements entre ces différents groupes ont fait au total plus de 60.000 disparus et 7,1 millions de déplacés.

"En Colombie, nous avons une grande difficulté: comme nous n'avons pas eu une guerre généralisée, nous n'avons pas eu un unique accord de paix simultané avec toute la guérilla et les paramilitaires", souligne M. Villarraga. "Nous avons eu une paix par tranches".

Les milices paramilitaires sont ainsi officiellement démobilisées depuis 2006 et les Farc ont signé leur accord de paix avec le gouvernement en novembre dernier.

Enfin, la dernière guérilla en activité, l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), qui compte encore 1.500 combattants, vient seulement d'entamer, en février, des pourparlers avec le gouvernement.

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