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20/06/2017 07:47 EDT | Actualisé 20/06/2017 08:00 EDT

Incendies au Portugal: après l'émotion, les critiques

Après l'émotion, les critiques: au Portugal, la polémique enflait mardi sur les circonstances du drame de la "route de la mort" où ont péri la majorité des 64 victimes du gigantesque feu de forêt que combattaient toujours plus d'un millier de pompiers.

Alors que la protection civile espérait contrôler en fin de matinée l'incendie qui sévit depuis samedi dans la région de Pedrogao Grande, dans le centre du pays, le feu est brusquement reparti près de certains villages du nord de la zone, d'où s'échappaient d'épaisses colonnes de fumée.

La controverse a pris de l'ampleur autour du drame de la nationale 236, sur laquelle 47 personnes sont mortes samedi, dont 30 piégées dans leurs voitures rattrapées par le feu. Parmi elles, beaucoup de familles de retour de baignade dans une rivière.

Le Premier ministre Antonio Costa a réclamé des "éclaircissements rapides" à la gendarmerie, mise en cause par des rescapés.

Une survivante a raconté à la télévision que les gendarmes avaient eux-mêmes dirigé une partie des personnes en fuite vers cet axe en proie aux flammes, alors qu'elles essayaient de rejoindre la route IC8, une voie express toute proche.

"Quand nous sommes arrivés au niveau de l'IC8, les militaires ne nous ont pas laissé passer. Comme ils nous ont demandé de poursuivre notre chemin (vers la route 236), nous pensions que la route était sans danger, mais elle ne l'était pas", a déclaré Maria de Fatima.

Les gendarmes devront expliquer "pourquoi la route nationale 236 n'a pas été fermée à la circulation", mais aussi si cette voie "a été indiquée par les autorités compétentes comme alternative à la route IC8" qui était fermée, selon une circulaire signée par le chef du gouvernement.

- 'Situation grave'-

Sur le terrain, l'incendie le plus virulent faisait rage à Gois: "Nous avons une situation grave, qui pourrait devenir gravissime", a déclaré la maire, Lurdes Castanheira, qui craint que les flammes ne "menaçent la population". Onze hameaux de la commune ont dû être évacués, dont une maison de retraite.

"Malheureusement, il y a des gens qui s'obstinent à rester chez eux, ils ne prennent pas en compte ce qui s'est passé à Pedrogao Grande (où des gens sont morts dans leurs maisons, ndlr). Ils disent qu'ils ont des tuyaux d'arrosage et de l'eau", s'est inquiétée la maire.

A Pedrogoa Grande, 85% de l'incendie était sous contrôle, selon Vitor Vaz Pinto, responsable de la protection civile, grâce aux quelque 1.200 pompiers, 400 véhicules et 17 avions anti-incendie.

Dans l'ensemble du Portugal, plus de 2.000 pompiers étaient mobilisés sur une centaine de foyers d'incendie dont le bilan s'élevait mardi à 64 morts et 157 blessés, dont sept graves.

- 'Personne n'a vu un pompier' -

Les critiques se multipliaient aussi dans les bourgades, où des habitants se plaignent de ne pas avoir reçu assez de secours.

"Samedi après-midi, personne n'a vu un pompier pendant que le feu brûlait. Les gens sont en colère contre ça", explique Isidro Silva, 59 ans, propriétaire d'un moulin à Graca, reconnaissant que la situation était rendue difficile par la rapidité de propagation du feu, attisé par un vent violent.

A Carreira, Jose Antonio Jesus Marques, 66 ans, estime que les autorités locales devraient "mettre un véhicule de pompiers" en permanence dans les petites localités. Comme beaucoup, il n'a pas vu les pompiers jusqu'au dimanche, alors que tous les eucalyptus entourant sa maison s'étaient consummés.

L'omniprésence au Portugal de ces arbres, hautement inflammables, alimentait d'ailleurs la controverse.

Pour Joao Camargo, expert du changement climatique cité par le journal Publico, les plantations industrielles incontrôlées d'eucalyptus jouent un rôle crucial dans l'augmentation de la fréquence des incendies au Portugal.

En brûlant, ils peuvent "projeter des écorces à une distance de deux kilomètres", explique l'expert. Selon lui, le Portugal est le pays où la superficie d'eucalyptus est proportionnellement la plus élevée au monde (9% du territoire).

Près de 26.000 hectares de forêt ont déjà été consumés par les flammes, selon le Système européen d'information sur les incendies de forêt.

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