NOUVELLES
20/06/2017 06:09 EDT | Actualisé 20/06/2017 06:20 EDT

France: deux ministres renoncent avant l'annonce d'un nouvel exécutif

Deux ministres français fragilisés par des accusations de favoritisme et d'emplois fictifs ont renoncé à leurs postes, à peine un mois après avoir été nommés par Emmanuel Macron qui a fait de l'exemplarité en politique une priorité.

Après son succès dimanche aux législatives, le nouveau président français travaille actuellement à un remaniement ministériel qui devait à l'origine être limité et "technique". De facto, il est devenu substantiel.

Sylvie Goulard, ministre des Armées, a annoncé mardi à la surprise générale qu'elle ne souhaitait plus participer au gouvernement du Premier ministre Edouard Philippe. Emmanuel Macron a entériné le départ de cette ex-eurodéputée, une Européenne convaincue entrée le 17 mai dans son équipe.

Le chef de l'Etat "a entrepris de restaurer la confiance dans l'action publique", a souligné l'ex-ministre qui avait notamment commencé à travailler sur le chantier du renforcement de la défense européenne.

Son "entreprise de redressement doit l'emporter sur toute considération personnelle", a-t-elle ajouté. Elle a expliqué démissionner pour pouvoir "démontrer librement (sa) bonne foi" dans une enquête judiciaire visant des emplois fictifs au sein du parti centriste MoDem auquel elle appartient.

Avant Mme Goulard, un autre ministre avait jeté l'éponge lundi.

Richard Ferrand, ex-socialiste rallié dès la première heure au camp Macron, a accepté à la demande d'Emmanuel Macron de renoncer à ses fonctions de ministre de la Cohésion des Territoires (incluant le logement) pour briguer à l'Assemblée nationale la présidence du groupe parlementaire du parti présidentiel La République en Marche (REM).

M. Ferrand est visé par une enquête préliminaire de la justice française pour des soupçons de favoritisme dans une opération immobilière. Niant toute opération illégale, il avait refusé de démissionner avant les législatives et a été réélu dimanche député.

Après une campagne présidentielle entachée par les affaires et face à la défiance des Français vis-à-vis de leurs élus, Emmanuel Macron a décidé de s'attaquer d'emblée à la moralisation de la vie politique. Un projet de loi destiné à renforcer les règles d'éthique a été présenté la semaine passée.

La France occupe le 23e rang du classement de 176 pays établi par l'ONG Transparency International sur la corruption - les moins bien classés étant les pays perçus comme les plus corrompus.

- 'Problème' -

C'est le ministre de la Justice, François Bayrou, qui est à la manoeuvre. Problème, il est aussi le patron du parti MoDem. Contacté par l'AFP mardi, il n'a pas souhaité commenter la démission de Mme Goulard, se contentant de dire qu'il considérait que c'était une "décision personnelle".

Une enquête a été ouverte le 9 juin, après un signalement auprès de la justice d'un ancien salarié du MoDem, pour déterminer si le parti a salarié des employés travaillant en France en leur faisant des contrats d'assistants parlementaires européens.

M. Bayrou a assuré la semaine dernière qu'il n'avait "jamais existé" d'emplois fictifs au sein du MoDem.

Outre M. Bayrou et Mme Goulard, le gouvernement d'Edouard Philippe formé il y a un mois comptait une autre centriste membre du Modem, Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes.

Dans le cadre de l'enquête, une ancienne eurodéputée du Modem, Corinne Lepage, était entendue mardi dans les locaux de l'Office anticorruption, en banlieue parisienne.

Interrogée à la radio à la suite de son audition, cette ex-élue en rupture avec le parti a estimé que la position de M. Bayrou posait "problème" car il "porte la loi de confiance et de moralisation de la vie politique".

La nouvelle équipe ministérielle doit être annoncée d'ici à mercredi 16H00 GMT. Edouard Philippe a été reconduit dans ses fonctions de chef de gouvernement par le chef de l'Etat.

"François Bayrou a vocation à rester au gouvernement", a estimé le Premier ministre, interrogé sur la chaîne BFMTV. Il n'y a "aucun" problème avec lui, malgré l'enquête en cours, a-t-il assuré.

Le parti REM d'Emmanuel Macron et son allié Modem se sont adjugés dimanche, au second tour des législatives, 350 sièges, très largement au-delà de la majorité absolue (289). Le seul REM dispose de 308 élus, et donc d'une majorité à l'Assemblée sans le concours du parti Modem.

bur-elr/sof/prh