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20/06/2017 12:42 EDT | Actualisé 20/06/2017 13:00 EDT

Erdogan accusé par son principal opposant d'ingérence dans la justice

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté mardi les accusations d'ingérence dans les affaires des tribunaux portées par son principal opposant, qui mène depuis plusieurs jours une "marche pour la justice" inédite.

Kemal Kiliçdaroglu, président du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), a entamé jeudi une marche de plus de 400 km qui doit le mener d'Ankara à Istanbul, pour protester contre l'incarcération d'un député de son parti la semaine dernière.

Lors d'une réunion de son groupe parlementaire organisée mardi en plein air, sur le bord de la route, près de Camlidere, dans la province d'Ankara, M. Kiliçdaroglu a accusé M. Erdogan d'ingérence dans les affaires judiciaires.

"Si je prouve que toi et ton gouvernement avez donné des ordres aux tribunaux, démissionneras-tu comme un homme honorable ?", a lancé M. Kiliçdaroglu au président turc, qu'il a qualifié de "dictateur". "Je donne ma parole : si je ne réussis pas à le prouver, je me retirerai de la vie politique, parce que je suis un homme d'honneur", a-t-il ajouté.

Réagissant dans la soirée, le président turc a rejeté ces accusations et critiqué vertement celui qui est devenu son unique opposant politique notable, depuis l'incarcération du leader du principal parti prokurde (HDP) Selahattin Demirtas l'année dernière.

M. Kiliçdaroglu est "une machine à mensonges, tout le monde le sait dans ce pays", a lancé M. Erdogan lors d'un discours à Ankara. "Il a maintenant l'obligation d'étayer ses allégations. (...) Allez, prouve ce que tu dis !", l'a-t-il défié.

Le chef de l'Etat turc a aussi raillé la marche de M. Kiliçdaroglu, lui souhaitant de "faire bonne route". "S'ils peuvent continuer à marcher, c'est parce que notre gouvernement se montre compréhensif à leur égard", a-t-il ajouté.

M. Erdogan avait semblé menacer M. Kiliçdaroglu de poursuites judiciaires samedi en demandant à son opposant de ne pas être "surpris" si "les autorités judiciaires (le) convoquent demain quelque part".

Cette marche a été initiée après l'incarcération mercredi du député CHP Enis Berberoglu, condamné à 25 ans de prison pour avoir transmis à la presse une vidéo affirmant montrer un convoi des services secrets turcs destiné à des combattants islamistes en Syrie.

Plusieurs centaines de personnes étaient présents à cette marche mardi, malgré un ciel chargé. "Berberoglu est un symbole", a expliqué Eylem Uzuner, une militante CHP venue d'Istanbul pour rejoindre la marche. "L'objectif est d'avoir la justice pour tous, parce que tout le monde a besoin de justice".

L'opposition accuse M. Erdogan de dérive autoritaire, notamment depuis le putsch manqué du 15 juillet dernier, qui a été suivi de vastes purges, et encore plus depuis l'adoption par référendum le 16 avril d'une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président.

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