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19/06/2017 11:15 EDT | Actualisé 19/06/2017 11:15 EDT

Israël commence à réduire les livraisons d'électricité à Gaza

MAHMUD HAMS via Getty Images
Palestinians walk on a street at the Al-Shati refugee camp in Gaza City during a power outage on June 11, 2017. / AFP PHOTO / MAHMUD HAMS (Photo credit should read MAHMUD HAMS/AFP/Getty Images)

Israël a annoncé lundi qu'il commençait à réduire les livraisons d'électricité à la bande de Gaza, en dépit des mises en garde contre les graves conséquences que pourrait avoir cette décision dans la petite enclave palestinienne.

Mi-juin, le gouvernement israélien avait annoncé qu'il réduirait la quantité d'électricité acheminée vers la bande de Gaza, arguant que l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas refusait désormais de régler la facture d'électricité de la bande de Gaza gouvernée sans partage par le Hamas islamiste.

La compagnie israélienne d'électricité a indiqué lundi avoir commencé à mettre en œuvre progressivement cette décision alors que les Gazaouis ne recevaient déjà plus, au grand maximum, que quatre heures d'électricité publique par jour.

Depuis que le Hamas l'a évincée il y a 10 ans de Gaza, l'Autorité palestinienne, censée préfigurer un État indépendant qui se fait toujours attendre, continue d'approvisionner la petite langue de terre surpeuplée et pauvre en versant chaque mois 11,3 millions d'euros à Israël.

Cette somme couvre 120 MW, répartis sur dix lignes israéliennes, soit un quart des besoins de la bande de Gaza estimés entre 450 et 500 MW.

En temps normal, l'unique centrale électrique de l'enclave, soumise à un sévère blocus israélien doublé de la fermeture de la frontière égyptienne, fournit à plein régime 65 MW et les lignes égyptiennes 23 MW. Mais la centrale est désormais à l'arrêt, là aussi en raison d'un différend financier entre l'Autorité palestinienne et le Hamas sur la facture.

Plus que deux heures par jour

Quant aux lignes égyptiennes, endommagées par les affrontements entre l'insurrection jihadiste et l'armée égyptienne dans le Sinaï, elles ne sont plus d'une grande aide.

Dans ces conditions, les 120 MW fournis par Israël représentent 80% de l'électricité disponible dans la bande de Gaza.

A terme, les Gazaouis ne devraient plus avoir que deux heures de courant sur le réseau public par tranche de 24 heures, alors que l'alimentation en électricité est une préoccupation primordiale dans l'enclave en bordure du désert, a fortiori en plein ramadan et durant l'été.

La plupart des commerces, des restaurants et des entreprises ont depuis longtemps investi dans des générateurs. Les Gazaouis les plus aisés en ont aussi chez eux. Pour les autres, il reste l'éclairage avec des lampes LED qu'on recharge sur des prises électriques quand le réseau public fournit du courant, suivant un savant programme de répartition par heure et par secteur. En désespoir de cause, les Gazaouis allument des bougies.

La principale préoccupation est celle de l'alimentation en énergie des infrastructures de santé et de traitement de l'eau dans un territoire englué dans la crise humanitaire, le marasme économique et en pénurie chronique d'énergie.

'Effondrement total'

L'ONU a déjà mis en garde contre "un effondrement total" des services vitaux pour la population. L'ONG israélienne Gisha, qui milite contre le blocus, a lancé un appel aux autorités israéliennes, les accusant "d'aggraver sciemment une situation déjà dangereuse".

"Réduire l'électricité à Gaza est un crime humanitaire sans aucune morale", a accusé le Hamas. Israël devra "assumer les conséquences de cette diminution", a-t-il dit, menaçant.

Dans le territoire qui a connu depuis 2007 trois guerres avec Israël et une quasi guerre civile entre mouvements palestiniens, l'équilibre reste fragile et le potentiel déstabilisateur d'une crise humanitaire majeure fait redouter une nouvelle escalade.

D'une part, de nouvelles privations imposées à deux millions d'habitants, majoritairement jeunes, et déjà pauvres pourraient engendrer une grogne sociale, comme celle du début de l'année, déjà causée par le manque d'électricité et vigoureusement réprimée par le Hamas. D'autre part, un nouveau conflit pourrait éclater, entre le Hamas et Israël ou entre le Hamas et l'Autorité palestinienne.

Le Hamas et l'Autorité se renvoient la responsabilité de la crise: Gaza accuse Ramallah d'irresponsabilité et de malveillance; l'Autorité accuse le Hamas de refuser la réconciliation, de ne pas assumer les besoins du territoire qu'il contrôle et d’œuvrer à la séparation de fait des Territoires occupés, censés former un jour un seul et même État palestinien.

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