BIEN-ÊTRE
12/06/2017 07:35 EDT | Actualisé 12/06/2017 07:37 EDT

Jeunes gais au secondaire: plus facile qu'il y a 25 ans?

Geneviève Proulx/Radio-Canada

Juin est le mois de la fierté gaie. De nombreux défilés et activités auront lieu un peu partout sur la planète pour donner une visibilité aux diverses orientations sexuelles, mais aussi pour rappeler que la liberté et l'égalité difficilement acquises au cours des années demeurent fragiles. Radio-Canada Estrie a profité de l'occasion pour voir comment les mentalités sur la question de l'homosexualité ont évolué au cours des 25 dernières années au sein des murs d'une école secondaire.

Un texte de Geneviève Proulx

Barbara Legault, ancienne élève de Montcalm Photo : Radio-Canada

Sherbrooke, école Mitchell-Montcalm, 1992

« J’avais peur d’aller à l’école. J’avais souvent très peur d’aller à l’école. »

Barbara Legault avait 14 ans quand elle a compris qu’elle ne remonterait jamais la grande allée de l’église avec un homme à ses côtés. « Je pensais sincèrement que j’étais la seule [lesbienne] au monde. J’ai pleuré pendant des semaines. Comme je ne connaissais personne d’autre de mon âge qui était gai, que je n’avais jamais vu de film, d’émission de télé où on voyait des homosexuels, j’étais certaine que j’étais une extra-terrestre. J’avais très peur que les gens se rendent compte que je venais d’une autre planète. »

« J’ai cherché dans les microfiches, sous la lettre H, le mot homosexualité. J’ai emprunté les sept livres qu’il y avait sur le sujet et je les ai ramenés chez moi en secret. C’est en lisant le Rapport Kinsey [une grande étude sur la sexualité des Américains] que j’ai compris que ce n’était pas une maladie. Ça m’a permis de mieux vivre ce que je ressentais comme toute petite ado, mais ça n’a pas réglé du tout ma situation sociale. »

« En secondaire trois et quatre, je me suis dépatouillée comme je pouvais. C’était vraiment dur parce que je suis tombée amoureuse quelques fois. Je ne pouvais pas en parler, je ne pouvais pas le dire à la personne que j’aimais. J’aurais pu, mais j’avais tellement peur de ce que ça causerait comme réaction. »

«Personne ne parlait d’homosexualité à l’école. Je me sentais toute seule de ma gang. J’avais le gros complexe d’être amoureuse sans en parler et sans que ça paraisse. J’avais peur que ça les tache. C’était comme sale l’homosexualité. Ça m’habitait même si j’avais lu qu’il n’y avait rien de mal là-dedans.» - Barbara Legault

« J'ai changé d'école et je l’ai dit à une amie et après, ça s’est su rapidement. En une semaine, tout le niveau a su que j’étais lesbienne. Ça a complètement changé ma vie. À partir de ce moment, ça a été l’enfer pour moi. On me regardait avec des regards de méfiance, de dégoût. Certains pensaient que ça s’attrapait. Il y avait des visions vraiment super négatives. Je vivais de l’homophobie au quotidien. »

« Pour certaines personnes, j’étais le démon. Pour d’autres, j’étais une menace ou un agresseur potentiel ou même une experte en homosexualité. Il y a eu beaucoup de curiosité. Des gens venaient me voir comme s’ils allaient voir un animal de foire. On me posait toutes sortes de questions. J’étais devenue une curiosité. Alors que moi, j’essayais juste de savoir qui j’étais. »

Une seule fois un enseignant a osé parler d’homosexualité en classe. « Il disait que toutes les orientations sexuelles se valaient, que l’homosexualité, ce n’était pas une maladie. Ça a duré 5 minutes dans tout mon secondaire, mais ça eu sa place pour moi. Ça m’a fait du bien d’entendre ça. »

« Je pense qu'avec les années, on ne sera plus obligé de se donner des étiquettes. De dire que je suis lesbienne. Un jour, on va seulement être une personne amoureuse », Lili Benko. Photo : Radio-Canada/Genevieve Proulx

Sherbrooke, école Mitchell-Montcalm, 2017

Lili Benko sait depuis longtemps que ce sont les filles qui font battre son cœur vite : elle était en secondaire un. « J’avais vraiment peur du jugement des autres. L’année d’après, j’en ai parlé à ma meilleure amie et pour elle, il n’y avait pas de problème. C’est à partir de là que j’ai commencé à le dire plus ouvertement. Il n’y a eu aucun problème finalement. Personne ne m’a jugé. Surtout pas à l’école. »

« L’école, c’est mon endroit sécuritaire où je peux venir et être moi-même, où je peux être ouverte avec mes amies, démontrer de l’affection à ma copine, où je ne suis pas jugée et où je n’ai pas peur. Ailleurs, il y a des malaises. »

«Je ne suis pas seule. Il y en a plusieurs. On voit souvent des couples se tenir par la main. Ça ne pourrait pas se faire dans d’autres écoles. L’amoureux de mon ami va ailleurs et jamais il ne l’a dit. Le fait que l’on soit une école d’artistes, ça fait qu’il y a plus d’ouverture d’esprit.» - Lili Benko

« Les gens s’en fichent [de mon orientation sexuelle]. Il n’y a aucune gêne. Mes amies filles n’ont pas changé d’attitude envers moi parce que j’aime les filles. Ça n’a rien changé. »

« Je suis vraiment contente d’avoir fait le choix de cette école. C’est tellement une belle école. Avoir été ailleurs, je ne serais pas qui je suis aujourd’hui. Mais je sais quand même qu’il y a d’autres écoles qui sont ouvertes aussi. »

« Le fait de ne pas être jugée à l’école m’a beaucoup aidée. Quand je suis dans d’autres situations, comme au travail par exemple, c’est plus facile. Je suis plus à l’aise d’être moi-même, de faire ce que je veux. Aussi, je n’ai pas peur d’aller au Cégep, d’être jugée. Vraiment pas. »

Une exception

Si en 2017 les adolescents de l’école Mitchell-Montcalm peuvent vivre leurs amours sans être embêtés par les autres élèves, ce n’est pas le cas dans la plupart des écoles secondaires de la région. « Je pense que c’est vraiment une île protégée en Estrie, mais il y a d’autres exemples. À la Polyvalente Montignac de Lac-Mégantic et à la Polyvalente Louis-Saint-Laurent d’East Angus, les équipes de l'école sont super actives pour faire avancer les mentalités », soutient la présidente du Groupe régional d’intervention sociale de l’Estrie (GRIS-Estrie), Myriam Pelletier Gilbert.

« Il y a un esprit qui est particulier à Montcalm. On est dans une école d’art. Les artistes ont un esprit plus ouvert. Cette école a toujours eu une tradition d’ouverture. Les jeunes sont habitués à la tolérance, à la diversité, de voir autre chose. Que la diversité sexuelle s’installe de façon plus visible, c’est normal ici. On ne fait pas de cas de ça. C’est la vie. C’est tout. C’est l’acceptation », -Louis-Paul Perras, enseignant depuis 34 ans. Photo : Radio-Canada/Genevieve Proulx

Pour l’enseignant de Mitchell-Montcalm, Louis-Paul Perras, la chose s’explique par les nombreux programmes artistiques offerts au sein de l’école. « Il y a un esprit qui est particulier à Montcalm. On est dans une école d’art. Les artistes ont un esprit plus ouvert. Cette école a toujours eu une tradition d’ouverture. Les jeunes sont habitués à la tolérance, à la diversité, de voir autre chose. Que la diversité sexuelle s’installe de façon plus visible, c’est normal ici. On ne fait pas de cas de ça. C’est la vie. C’est tout. C’est l’acceptation », croit celui qui enseigne depuis 34 ans.

Après toutes ces années, Barbara Legault ne peut qu’être ravie du chemin fait au sein de son ancienne école secondaire. « Quand j’entends comment ça se passe à l’école Montcalm, ça me met le sourire au visage! C’est génial et ce que ça envoie comme message, c’est que nous sommes des gens comme tout le monde. Ça donne des modèles d’identification. Je suis fière de Moncalm! » dit-elle.

Toutefois, le tableau n’est pas rose partout. Selon une recherche publiée en 2012 par l’Université du Québec en Outaouais, près de 40 % des adolescents homosexuels ont vécu au moins un épisode homophobe depuis le début de l’année scolaire.

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