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10/06/2017 01:30 EDT | Actualisé 10/06/2017 01:40 EDT

Mondial-U20 - La joie de la finale pour un Venezuela en crise

Enfin une bonne nouvelle pour le Venezuela : en se qualifiant de manière inédite pour la finale de la Coupe du monde des moins de vingt ans, les "gamins" de la Vinotinto redonnent le sourire à des habitants exténués par la crise.

Jeudi, en Corée du Sud, l'équipe a remporté sa demi-finale aux tirs au but face à l'Uruguay, soit le meilleur résultat en football jamais atteint par le Venezuela, classé 58e mondial par la Fifa.

Un exploit survenu alors que ce pays est secoué par une vague de manifestations ayant fait une soixantaine de morts depuis début avril.

Dimanche, elle tentera de transformer l'essai, en finale face à l'Angleterre.

"Je suis optimiste : ils vont être champions", assure à l'AFP Manuel Plasencia, 74 ans, ancien entraîneur de l'équipe nationale.

"Il faut prendre soin de ces gamins comme de l'or, car ils peuvent nous mener (au Mondial de) Qatar-2022", ajoute-t-il, ne tarissant pas d'éloges: "Une génération de footballeurs fabuleux est apparue, cela n'arrive pas tous les jours, et à cela s'ajoute le très bon travail de Dudamel".

Ancien international reconverti en entraîneur, Rafael Dudamel est aux manettes non seulement des moins de 20 ans mais aussi de l'équipe première.

Classé 58e par la Fifa et traditionnellement plus fanatique de baseball, le Venezuela ne s'est jamais qualifié pour un Mondial de football : pour celui de Russie-2018, le pays est dernier de son groupe, déjà éliminé.

Mais la nouvelle génération est prometteuse. Le capitaine des moins de vingt ans, Yangel Herrera, 19 ans, a été recruté par Manchester City et se trouve actuellement en prêt à New York City.

L'attaquant vedette Adalberto Penaranda, 20 ans, a lui été prêté à Malaga par le club anglais de Watford.

Le héros de la victoire jeudi, c'est le gardien Wuilker Farinez, joueur du Caracas FC de 19 ans, qui a sorti deux tirs au but uruguayens.

D'autres jeunes espoirs comme Sergio Cordova ou Ronaldo Lucena évoluent également dans le championnat local.

- 'Une bulle' -

Dans la future sélection nationale, "il va y avoir un saut de qualité", prédit Richard Paez, qui a entraîné la Vinotinto entre 2001 et 2007.

Mais "cela me fait peur qu'on mette toute la responsabilité sur eux. Il faut que ce soit un processus d'évolution naturel", met-il en garde.

Et malgré leur réussite sur le terrain, les joueurs de Dudamel n'oublient pas que le pays, en plein naufrage économique et bataille politique, vit sa crise la plus meurtrière depuis des décennies. L'inflation y est la plus élevée au monde et la majorité des aliments et médicaments sont introuvables.

"Le football te met dans une bulle (...), mais à l'extérieur de cette bulle il y a nos familles, qui souffrent chaque jour. Notre seul outil pour rendre heureux les gens, c'est le ballon", notait Dudamel cette semaine.

En partageant sur les réseaux sociaux une photo le montrant en train de célébrer l'un des quatre buts qu'il a marqués dans ce Mondial des moins de 20 ans, Sergio Cordova a écrit ce simple mot : "Paix".

Le sélectionneur a lui lancé un appel, dans une interview télévisée, à Nicolas Maduro : "Président, faisons taire les armes maintenant".

Alors que le pays vit au rythme des manifestations et des affrontements avec les forces de l'ordre, la nouvelle de la qualification en finale a permis de souffler un peu.

"C'est incroyable! C'est un baume au coeur pour tout le monde dans un moment très difficile", confiait jeudi à l'AFP Robert Troncoso, 33 ans, vêtu du maillot de l'équipe dans une avenue de Caracas.

La veille, en pleine manifestation, un jeune encagoulé montrait lui aussi sa fierté : "C'est un bonheur (...) Nous sommes ici dans la rue et eux, là-bas, ils portent le Venezuela vers le haut".

Depuis 2007, la fédération vénézuélienne oblige les clubs de première division à faire jouer au moins un jeune par match. Pour Richard Paez, c'est une règle "fondamentale" pour encourager de nouveaux talents, même s'il déplore la faiblesse du championnat local.

M. Plasencia veut, lui, croire que cette nouvelle génération de joueurs marquera "un avant et un après" pour le football vénézuélien.

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