DIVERTISSEMENT
10/06/2017 02:42 EDT

Luc De Larochellière, toujours inspiré pour les FrancoFolies

Courtoisie Disques Victoire

Luc De Larochellière a la lucidité de ses 30 ans de carrière. Il sait qu’en lançant de nouveaux albums, comme l’Autre Monde qu’il dévoilait en octobre dernier et qu’il promène dans les salles du Québec depuis – il fait un crochet par les FrancoFolies de Montréal, ce samedi –, il ne doit plus aspirer à «faire danser les bougalous», illustre-t-il, citant Charlebois.

Il n’ambitionne pas non plus de compétitionner avec les jeunes Sœurs Boulay ou Alex Nevsky de ce monde.

«Ma place n’est pas la même, avance sagement l’auteur-compositeur-interprète. Eux sont en train de se faire une place et ils aimeraient avoir la chance que moi j’ai, d’être encore là après toutes ces années. Mon rôle n’est pas d’essayer de révolutionner le monde de la musique, c’est de sortir un album quand j’ai l’impression que ça peut faire œuvre utile. Quand j’ai le sentiment que ces chansons peuvent amener quelque chose dans le discours ambiant, dans lequel il y a des choses qui me plaisent, et d’autres moins.»

«C’est un coup de dé chaque fois, c’est une angoisse chaque fois. J’en ai sorti, des disques, qui sont passés dans le beurre. Et j’ai sorti des disques qui ont été célébrés. Je ne le sais jamais avant.»

Impitoyable observateur

Chose certaine, De Larochellière s’impose à nouveau comme un impitoyable observateur de notre société, critique et conscient, dans son onzième opus, Autre Monde.

Sa voix toujours un tantinet mélancolique («Je chanterais le bottin téléphonique et ça deviendrait quand même un peu mélancolique», rigole-t-il) chante l’obsession des Américains pour les armes à feu dans Suicide américain, l’inégalité humaine dans Naître personne ou l’omniprésence des appareils de toutes sortes dans nos quotidiens dans Facile à vivre, mais aussi l’espoir de jours heureux, dans Dis… tu te souviendras?, Voyageurs, Avec ses rêves, Imparfait ou Un autre monde.

Il fait l’éloge, sans ironie, des Pelleteurs de nuages et offre une magnifique ode aux femmes dans L’avenir du monde, inspirée entre autres par sa conjointe, Andrea Lindsay, qui accouchait l’été dernier de bébé Louis, et par sa fille en début de vingtaine, Claudel.

«Je n’accepterai jamais qu’on dise à ma fille que ses rêves, que son travail ont moins de valeur, martèle Luc De Larochellière. D’autant plus que, si on enlève les femmes de la Terre en ce moment, il n’y a plus d’avenir du monde. L’avenir du monde passe par là, littéralement, physiquement.»

L’artiste qualifie le résultat final d’Autre monde «d’album clair obscur».

«Je ne trouve pas que le monde dans lequel on vit, tel qu’il est actuellement, est particulièrement lumineux, signale-t-il. Je trouve plutôt que c’est un monde où la noirceur semble vouloir prendre prise, prendre de la place. En même temps, je parle beaucoup de rêves et de rêveurs, de l’importance de ça, de lumière, d’une certaine façon. Ce n’est pas un disque désespéré.»

Donner son opinion

Avec le temps, un Luc De Larochellière à la crédibilité établie pourrait se tanner du jeu de la promotion, des entrevues, de tout le cirque médiatique qui accompagne la sortie de nouveau matériel. En fait, pas du tout. Il dit même s’y plaire davantage que jadis.

«Me semble que c’est plus le fun, sourit-il. Il me semble que, plus jeune, j’étais plus traumatisé, plus angoissé, sur la défensive. J’avais peut-être plus d’appréhensions avant. Aujourd’hui, je fais ça avec moins d’appréhensions. J’ai compris qu’anyway, je n’y pouvais rien...»

Il a de surcroît toujours jugé important de profiter de la tribune qui lui est offerte pour partager ses opinions, qu’elles soient assumées ou pas.

«Je ne sais pas si je les ai toujours assumées, mais j’ai toujours trouvé important de les donner, par principe. Mais ça m’est arrivé, et ça m’arrive encore, de dire des choses et de me demander ensuite si j’aurais dû les dire! Est-ce que ça va me revenir dans la face? Est-ce que je vais en subir les conséquences? Mais il y a un côté de moi qui fait que, même si je peux douter, je finis toujours par dire ce que je pense. Qu’est-ce qu’on fait dans la vie, si on n’est pas là pour dire ce qu’on a à dire, et faire ce qu’on pense qu’on doit faire?»

Luc De Larochellière déplore le peu de visibilité accordé à la chanson d’ici à la télévision, en dehors des concepts modelés à la En direct de l’univers ou La Voix. Même si, entre Un toi dans ma tête, sa précédente offrande originale (2009), et Autre monde, il a proposé l’album C’est d’l’amour ou c’est comme, en duo avec Andrea Lindsay (2012), la compilation En bref (2014) et pris part au collectif Sept jours en mai (2016), plusieurs personnes lui demandent souvent ce qui l’occupe, en se référant à ses exploits passés… des années 1990!

Pourtant, l’homme n’a jamais chômé, et sa flamme créatrice non plus.

«Je me sens en forme. Je suis peut-être dans la période de ma vie où j’ai l’impression que j’écris mes meilleures chansons», affirme celui qui a fignolé, pour les FrancoFolies, un concert où se mélangent ses nouvelles pièces et ses classiques, agrémentées de quelques perles cachées de ses albums antérieurs que reconnaîtront ses adeptes de la première heure.

Luc De Larochellière est en prestation aux FrancoFolies de Montréal, ce samedi, 10 juin, à l’Astral, à 19h30. 43$ à 47$.

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