DIVERTISSEMENT
10/06/2017 10:42 EDT

Katerine dans toute sa folle splendeur aux FrancoFolies (PHOTOS)

Benoit Rousseau

Le fantasque électron libre Philippe Blanchard, alias Katerine, était sur la scène du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, vendredi soir, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal. Le déluré chanteur français a offert un spectacle burlesque qui tenait autant de la performance comique que de la prestation musicale, à notre grand bonheur.

Formule piano-chant

Au royaume de l’absurde, Katerine est roi, comme a écrit récemment un journaliste suisse. Drôles à souhait, ses gestes et ses mots dans ce spectacle sont empreints de délires démesurés, qu’ils soient parlés, joués ou chantés.

Dans une mise en scène fort théâtrale, Katerine était accompagné sur les planches de la concertiste roumaine Dana Ciocarlie, qui a créé de nouveaux arrangements pour son répertoire récent (Les objets, Papa, Compliqué, Doudou, 3 ans), ou plus ancien (Louxor j’adore, La banane, Marine Le Pen, Patati Patata!, Excuse-moi, Des bisoux, Le poulet N° 728 120). De temps en temps, Ciocarlie se permet quelques interventions parlées et quelques parades exagérées dans sa longue robe blanche.

Vêtu d’un justaucorps turquoise et d’une veste vert forêt aux manches bouffantes et échancrées, Katerine faisait penser à un Peter Pan tout droit sorti de l’époque baroque. À l’instar d’un prince efféminé, il s’est amusé à amplifier les effets faussement dramatiques de son spectacle. L’idée ici, semble-t-il, est de rire des attitudes tantôt pompeuses, tantôt déprimantes des gens de notre société en amplifiant l’exubérance de son personnage qu’est Philippe Katerine.

D’ailleurs, tout ou presque est bizarre dans la performance du chanteur. Tout, ou presque est déjanté aussi: poésie décadente, mouvements grandiloquents, pas de danse déconcertants (il se débrouille plutôt bien), rictus au visage, disons que le grotesque était à l’honneur.

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La raie

C’est par une grande porte du Théâtre Maisonneuve qu’il a fait son entrée. Portant une cape de plumes blanches et une couronne illuminée extrêmement kitsch, Philippe Katerine s’est avancé vers la scène en distribuant des poignées de main aux spectateurs, juste avant le début du concert.

Après de généreuses acclamations, il a envoyé «Bonjour, je suis la reine d'Angleterre et je vous chie à la raie, car le monde est ainsi fait.» En répétant plusieurs fois cette phase, il agitait la main, comme le ferait un monarque. Toute une entrée en matière.

Dès le premier morceau intitulé Le film, le ton fut donné: Katerine s’est moqué des acteurs en enchaînant les poses extravagantes dans un faisceau lumineux qui éclairait le centre de la scène. Malgré l’absurdité ambiante, la pianiste, elle, a livré une belle performance.

Peu de temps après, la mythique Louxor j’adore a fait l’effet d’une bombe. Bien que tout est réarrangé au niveau musical, les spectateurs ont reconnu aisément ce morceau qui marquera pour toujours l’œuvre de Katerine. Lorsque celui-ci balançait «Je coupe le son», des centaines de personnes dans la foule ne pouvaient retenir un aaaaaaah de déception.

Dans ce monde d’acteur-chanteur complètement à côté de la plaque, très peu d’artifices ont été utilisés. Mentionnons néanmoins le hérisson télécommandé et le personnage sombre (habillé d’une cape noire) qui est venu de temps en temps proposer à Katerine divers instruments de musique. D’abord, un «hideux» saxophone avec lequel celui-ci a joué quelques notes pour finalement dire «non merci, j’aime pas.» Ensuite, un triangle, une flûte à bec, puis une flûte à coulisse. Avec cette dernière, Katerine a même livré quelques lignes sur des airs de Mozart.

Pitreries

Évidemment, toutes les pitreries de l’artiste ne sont pas nécessaires dans ce concert. Quelques gestes à connotation sexuelle (il y en a plusieurs) seraient encore plus efficaces s’ils étaient livrés à juste dose. Parfois, on sent durant le spectacle que la belle folie de Katerine s’étiole au fil des chansons. Il aime jouer avec les limites, mais parfois il en met un peu trop. Comme ce passage hallucinant où il finit par jouer du piano avec ses couilles (il était à ce moment vêtu d’un lycra turquoise)!

«On a eu des moments pénibles, tous ensemble, a affirmé à la rigolade Philippe Katerine vers la fin du spectacle. Les derniers morceaux, dont Marine Le Pen, étaient horribles. […] Mais, vous avez été des winners de la course des gouttes de sperme.»

Katerine, c’est aussi ça; une intelligence unique qui dérape à l’occasion dans les allusions sexuelles explicites et la «commissure des lèvres…». Pour le meilleur et pour le pire.

Pour clore la soirée, le chanteur a envoyé dans l’obscurité la pièce «Patati Patata!» de l’album Robots Après Tout (2005). Une lampe de poche dans chaque main, il a éclairé ses narines et toutes les autres parties de son corps, dont il ne supporte plus l’existence. «Et patati et patata/ Des fois j'en ai ras le bol de moi! / Et patati et patata/ Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol! /J'en ai marre de mon nez, J'en ai marre de mes mains, J'en ai marre de mes couilles/ Qui me suivent partout où je vais!»

Que ce soit un commentaire politique, une observation du quotidien ou encore un doigt d’honneur à l’égard de notre dérisoire humanité, Katerine en spectacle, ça vous arrange un mal de vivre. C’est audacieux tout en étant désopilant.

Le public, en gros, a adoré.

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