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10/06/2017 18:00 EDT | Actualisé 10/06/2017 18:20 EDT

Elections au Kosovo: le guerrier, l'économiste, le tribun

Un ex-guérillero, un professeur d'économie et un tribun: les trois postulants au poste de Premier ministre du Kosovo ont des profils très différents.

Ramush Haradinaj, le retour de "Rambo"

Son Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK) n'apparaît pas en mesure d'excéder les 10%. Mais Ramush Haradinaj, 48 ans, a obtenu le soutien du parti du président Hashim Thaçi, le PDK (Parti démocratique du Kosovo), avec qui il a formé une coalition.

Ces deux formations restent dirigées par l'essentiel de l'état-major de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), qui a mené la lutte contre les forces serbes de Slobodan Milosevic lors de la guerre d'indépendance (1998-99). Plusieurs, dont Hashim Thaçi, pourraient être inquiétés par le nouveau tribunal en charge des crimes de guerre commis par l'UCK.

Surnommé "Rambo", Ramush Haradinaj était un des chefs les plus populaires de cette guérilla parmi les Kosovars. Mais les Serbes le considèrent comme un criminel de guerre.

Ces accusations lui ont valu d'être retenu quatre mois en France, le temps que soit rejetée fin avril une demande d'extradition de la Serbie. En 2004, il avait été brièvement Premier ministre mais avait démissionné après son inculpation par le Tribunal pénal international de La Haye (TPIY) qui l'avait finalement acquitté.

Ramush Haradinaj reste considéré comme un dur, refusant l'accord de normalisation avec Belgrade, signé en 2013. Il s'est engagé à faire en sorte que la "Serbie n'ait plus de rôle au Kosovo".

Avdullah Hoti, le Macron kosovar

Membre de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), le parti du "père de la nation" Ibrahim Rugova, cet homme de 41 ans, surnommé le "Macron" kosovar, détient actuellement le portefeuille des Finances.

La coalition qu'il mène est soutenue par une partie de la société civile, et par l'Alliance pour un nouveau Kosovo (AKR), formation créée par un magnat du BTP, Behgjet Pacolli, souvent décrit comme l'homme le plus riche du Kosovo.

Durant la campagne, Avdullah Hoti s'est employé à gommer son image d'universitaire sans aspérité dans un pays où être "fort en gueule" reste un prérequis pour une carrière politique nationale. "Nous serons sans concession contre la corruption et le crime organisé", a-t-il promis. Il insiste sur la nécessité d'offrir des perspectives à une jeunesse qui n'aspire qu'à rejoindre les pays de l'Union européenne. Et il s'est clairement engagé à poursuivre le dialogue avec la Serbie.

Albin Kurti, le "Che" de Pristina

A 42 ans, Albin Kurti n'est plus le leader étudiant qui en 1997 organisait des manifestations contre la tutelle serbe. Mais s'il a troqué les poses révolutionnaires pour le costume, les manifestations de son mouvement, Vetëvendosje (Autodétermination), continuent de mettre la capitale Pristina en état de siège.

Son parti mêle rhétorique de gauche, dénonciation virulente de la corruption des élites et nationalisme.

Ce sont ses élus qui jetaient du gaz lacrymogène au Parlement pour empêcher le vote de la loi sur la délimitation de la frontière avec le Monténégro. Et Vetëvendosje est le seul parti kosovar à prôner l'unification avec l'Albanie, projet qui remettrait en cause le fragile équilibre dans les Balkans, instauré au forceps par les Occidentaux après l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.

Avec la rupture entre le LDK et le PDK, les deux grands partis kosovars qui formaient la coalition précédente, Vetëvendosje pourrait bien se retrouver dans une position de faiseur de roi.

"Vetëvendosje et moi-même sommes prêts à servir le peuple", n'a eu de cesse de répéter Albin Kurti. Une alliance avec le PDK d'Hashim Thaçi semble difficile à imaginer, tant Vetëvendosje assimile ce parti à la corruption.

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