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U2 : ce que les fans québécois ne verront malheureusement pas

(CHICAGO) Les lumières s'éteignent. La clameur monstre s'élève. Puis, on entend le « Poum! Poum! Poum! Poum! ... Poum! » de la batterie. Comme si c'était possible, la clameur redouble. Bienvenue dans la tournée nostalgie de U2.

On dit nostalgie, car pour une première fois, les Irlandais s’offrent un périple mondial où ils n’ont pas de nouveau disque à promouvoir. Au contraire, l’année 2017 est pour eux l’occasion de souligner le 30e anniversaire de leur album phare The Joshua Tree (1987), troisième disque au palmarès des meilleurs albums des années 1980 selon le magazine Rolling Stone.

Depuis le 12 mai à Vancouver, la bande à Bono interprète lors de chaque concert les 11 chansons de l’album dans l’ordre séquentiel. Un pur plaisir pour des millions d’amateurs qui ont découvert U2 à cette époque. Ils étaient d’ailleurs des dizaines de milliers à faire la queue très tôt samedi dernier aux abords du Soldier Field, le stade des Bears de Chicago de la NFL, qui est situé dans un joli parc dans l’est de la ville.

Contrairement à ce que j’ai pu voir au cours des ans lors de tournées mondiales de U2, de Bruce Springsteen ou des Rolling Stones, la foule était moins « internationale » que d’habitude. J’entends par là qu’il y avait moins de visiteurs provenant de pays étrangers, comme on le voit à New York ou à Londres. Il faut admettre que la côte est des États-Unis (New York, Boston) est plus propice pour le déplacement d’amateurs provenant d’outre-mer qu’une ville du Midwest comme Chicago. De plus, il ne s’agissait pas du premier spectacle de la tournée.

N’empêche qu’il y avait sur place beaucoup d’Américains qui n’étaient pas de Chicago. Stephen James et Andy Peterson, par exemple, qui étaient venus de Nashville.

« Nous avons vu U2 lors du festival de Bonnaroo, au Tennessee, a expliqué Andy, mais dans un festival, il n’y a pas de décor spécifique comme lors d’une tournée d’un groupe. On a donc fait le voyage avec plaisir. On aurait pu venir en voiture (environ 700 kilomètres), mais on a pris l’avion en matinée. Ça va plus vite. »

J’en ai profité pour leur demander comment allait notre ancien joueur de hockey le plus populaire à Montréal.

« P.K. Subban?, a répondu Stephen. Il est tellement spectaculaire! C’est la folie à Nashville. On ne pensait pas que le hockey pouvait être si populaire chez nous. À l’aéroport, tout le monde était vêtu de jaune (la couleur de l’uniforme des Predators). »

Retour vers le futur

Les Irlandais allaient-ils interpréter The Joshua Tree d’entrée de jeu? Non et nous le savions depuis le premier spectacle offert à Vancouver. Cela nous a privés d’un début de concert identique à celui vu au stade olympique de Montréal , le 1er octobre 1987, avec Where the Streets Have No Name en ouverture. Toutefois, en faisant un retour encore plus lointain dans le passé, nous avons pu revivre le parcours créatif qui a mené à The Joshua Tree.

À quoi ressemble un concert de U2 quand le groupe aligne ses classiques comme le font les Rolling Stones? C’est explosif! Entendre Sunday Bloody Sunday d’entrée de jeu, c’est comme si notre colonne vertébrale était soudainement branchée sur une ligne à haute tension. La plus politique des chansons de U2 a encore une fois été conjuguée au présent quand Bono a crié : « Pour Manchester, pour Londres [qui venaient d’être victimes d’attentats ] et pour les rues de Chicago! Plus jamais; plus de guerre! »

L’enchaînement avec « New Year’s Day » , également tirée de War (1983), puis Bad et Pride (In the Name of Love), succès de l’album The Unforgettable Fire (1984), a fait chavirer le stade dans le bonheur. Le cri de la dame à ma droite a failli me crever le tympan quand elle a entendu les premières notes de Bad. Durant Pride, chanson dédiée à la mémoire de Martin Luther King, les paroles du célèbre discours I have a dream sont apparues sur l’écran géant.

Après ce quart d’heure de liesse durant lequel des milliers de spectateurs ont malmené leurs cordes vocales, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr. ont quitté la petite scène au parterre en forme d’arbre pour s’installer sous l’autre arbre, géant celui-là, qui ornait un écran encore plus gigantesque dont la démesure rappelle la tournée PopMart (1997). Image saisissante.

S’en est ensuivie une transition à un ciel nuageux au moment où une caméra est descendue à vive allure à la hauteur d’une route déserte. Nous avons alors été littéralement transportés à fond de train Where the Streets Have No Name… Du tonnerre! D’ordinaire, ce n’est que sur disque que l’on entend cette chanson suivie des trois autres bombes du disque d’antan (I Still Haven’t Found What I’m Looking For, With or Without You, Bullet the Blue Sky). Entendre ces chansons dans cet ordre durant un spectacle ne fait qu’ajouter à la quête spirituelle de la première, à l’interrogation de la seconde et la dénonciation abrasive de la troisième. Les images en noir et blanc d’un désert, et celles, en couleur, de paysages majestueux et d’un défilé de citoyens coiffés de casques de guerre sont venues donner du poids aux paroles des chansons.

C’est comme si U2 tentait de rafraîchir les chansons du Joshua Tree les plus connues. Ce qu’il était inutile de faire avec les titres oubliés ou presque jamais joués en spectacle. Le plaisir était immense de réentendre Running to Stand Still, In God’s Country et Trip Through Your Wires – cette dernière annonçant déjà la mélodie à venir d’Angel of Harlem –, qui sont graduellement disparues du répertoire des tournées de U2 au milieu des années 1990. Il fallait noter l’attention du public de Chicago à cette occasion. Oui, les succès, c’est génial à entendre, mais l’intérêt était de renouer avec de vieilles amies.

Entendre pour la première fois Red Hill Mining Town, jamais jouée sur scène par U2 depuis sa création, valait le détour. Le groupe est ici accompagné d’un ensemble virtuel de 15 musiciens (principalement constitué de cors et de trompettes) de l’Armée du Salut. Virtuel, car leur prestation d’accompagnement a été filmée et elle est diffusée sur l’écran géant pendant que U2 interprète la chanson dans un synchronisme parfait.

« Ça nous aura pris 30 ans avant de comprendre comment la jouer », a lancé Bono après l’interprétation. One Tree Hill, avec la lune comme accompagnatrice, était aussi intense qu’Exit était apocalyptique. Encore plus que Bullet the Blue Sky. Il faut le faire! Les avis étaient unanimes à la sortie : Exit, le coup de cœur de la soirée. Bono avait même remis son chapeau de cowboy de 1987 pour l’occasion.

80 minutes de plaisir

Quand les dernières notes de Mothers of the Disappeared se sont fait entendre, c’est là que l’on a réalisé que l’on venait d’entendre en succession (80 minutes) 15 chansons de U2 de 1987, ou antérieures à cette année-là. Je me pince encore.

La fête a repris de plus belle avec le doublé Beautiful DayElevation, les seuls titres des années 2000 au menu, puis a versé dans l’émotion avec la suite formée de Miss Sarajevo, Ultraviolet (Light My Way) et One. Contrairement à la tournée de 2001, Bono ne chante plus la portion vocale de Luciano Pavarotti durant Miss Sarajevo. C’est la voix du légendaire ténor qui se fait entendre. Dans un stade à l’ouverture évasée comme celle du Soldier Field, où le son était impeccable, c’était magique.

Ultraviolet, pour sa part, est devenu un splendide hommage à certaines des grandes femmes – et des grandes résistantes – de notre monde : des images de Rosa Parks, de Simone de Beauvoir, des Pussy Riot, de Virginia Woolf, de Joni Mitchell et de plusieurs autres ont tour à tour défilé sur l’écran. À Chicago, Michelle Obama a eu droit à plus d’applaudissements qu’Hillary Clinton. Quant à One, comme d’habitude, elle a été la chanson préférée des couples qui s’enlaçaient dans la chaleur moite. Vingt-sept degrés centigrades et 90 % d’humidité après 23 heures; ça, c’est l’été.

La nouvelle chanson The Little Things That Give You Away pour finir? Non. En raison de la présence au concert de Chris Blackwell qui avait mis U2 sous contrat avec Island Records en 1980, Bono a lancé : « Chris, celle-là est pour toi. » Sans surprise, la ligne de guitare de The Edge a tranché l’obscurité de la nuit pour annoncer I Will Follow. Dé-li-re to-tal et finale de rêve.

Pas à Montréal

Après l’annonce de dates supplémentaires en Amérique du Nord et du Sud pour l’automne plus tôt cette semaine, il n’y a plus de doute : cette tournée présentée dans des stades ne passera pas à Montréal. C’est la faute au stade, le nôtre. D’ailleurs, U2 avait préféré bâtir sa propre construction éphémère à l’Hippodrome de Montréal en 2011 plutôt que de retourner au fossoyeur sonore du Parc olympique où ils n’ont plus joué depuis 1997.

La tournée fera toutefois escale à Toronto, au Centre Rogers, le 23 juin. Vous pouvez aussi vous rendre en voiture à Boston (25 juin) ou au New Jersey (28 et 29 juin), si cela vous chante. Certes, pour assister à cette tournée The Joshua Tree Tour 2017, il faut débourser pas mal plus que les quelque 30 dollars canadiens qu’il fallait payer pour aller au stade olympique de Montréal en 1987. Jusqu’à dix fois plus, selon les places choisies. Inflation disproportionnée, dira-t-on.

Toutefois, pour tout amateur de la première heure de U2, comme l’auteur de ces lignes – j’avais 18 ans à la sortie de l’album Boy, en 1980 –, ce spectacle est celui que l’on n’espérait plus. Il propose le meilleur répertoire des Irlandais, depuis 1987. Des 21 chansons interprétées en deux heures, 16 remontaient aux années 1980. Quitte à jouer la carte de la nostalgie, aussi bien y aller à fond.

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