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09/06/2017 05:42 EDT | Actualisé 09/06/2017 06:00 EDT

Theresa May, la "pragmatique" qui a joué avec le feu

Theresa May avait axé sa campagne électorale sur sa personnalité "solide et stable" pour convaincre les Britanniques de la reconduire au poste de Première ministre: elle a perdu son pari et ressort plus fragilisée que jamais des législatives.

Selon les résultats quasi définitifs, son parti conservateur a perdu la majorité absolue, signant l'échec de sa stratégie.

Elle avait convoqué des législatives anticipées pour renforcer sa main avant les négociations du Brexit prévues mi-juin. Elle en sort décrédibilisée, pressée de démissionner, et devra compter sur le soutien du petit parti unioniste d'Irlande du nord DUP pour gouverner.

C'est par un coup du sort que cette grande femme mince de 60 ans, aux cheveux gris coupés court, est arrivée au pouvoir en juillet 2016: le pays venait de voter le Brexit, à la surprise générale, obligeant son prédécesseur David Cameron, désavoué par le résultat du référendum, à démissionner.

Theresa May a alors su jouer ses cartes habilement et incarner dans une période turbulente une figure rassurante de femme sérieuse, honnête, sobre et "pragmatique", qualités que lui attribuent ses partisans, pour conduire le pays à l'un des moments les plus incertains de son histoire.

Deuxième femme à accéder au poste de Premier ministre après Margaret Thatcher, cette fille de pasteur s'est donné pour tâche de négocier un Brexit "dur" avec Bruxelles -- alors qu'elle avait jusque là soutenu sans grand enthousiasme le maintien dans l'UE prôné par Cameron -- avec notamment une reprise du contrôle des frontières pour limiter l'immigration.

En avril, des sondages flatteurs avaient convaincu cette ancienne ministre de l'Intérieur, peu habituée à battre l'estrade, de déclencher des élections anticipées.

- 'Une vantarde qui s'effondre' -

Or les dernières semaines ont révélé des failles: peu à l'aise dans l'exercice, elle a évité le contact avec les gens, s'en tenant au texte préparé à l'avance de ses discours sans improviser, ou plaisanter, ou même dialoguer avec son public, laissant une image de froideur un peu mécanique.

Elle s'est même dérobée à un face à face télévisé avec son rival travailliste Jeremy Corbyn.

Se sont ajoutés deux revirements majeurs: d'abord la convocation d'élections anticipées contrairement à de précédentes assurances, puis une volte-face sur le financement des programmes sociaux.

"Si j'étais assis à Bruxelles et que je vous regardais en pensant que vous êtes celle avec qui je vais négocier, je me dirais que vous êtes une vantarde qui s'effondre au premier signe de bataille", lui a lancé le commentateur vedette de télévision Jeremy Paxman, tandis qu'une chanson la traitant de "menteuse" atteignait le haut des charts.

Et la sanglante série noire qui a frappé le pays, avec trois attaques jihadistes en moins de trois mois, a mis sur le tapis les coupes dans les effectifs policiers que cette conservatrice a pratiquées, au nom de l'austérité, lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur de 2010 à 2016.

- 'Difficile' mais 'bosseuse' -

Theresa Brasier est née le 1er octobre 1956 à Eastbourne, ville côtière du sud-est de l'Angleterre. Après des études de géographie à Oxford, où elle rencontre son mari Philip, et un bref passage à la Banque d'Angleterre, elle est élue en 1986 conseillère du district londonien cossu de Merton avant de devenir en 1997 députée conservatrice à Maidenhead (sud).

De 2002 à 2003, elle devient la première femme secrétaire générale du parti conservateur.

En 2005, elle prête main forte à David Cameron dans sa conquête du parti et obtient en 2010 le portefeuille de l'Intérieur, qu'elle occupera jusqu'à sa prise de pouvoir. Elle y tiendra une ligne très ferme, qu'il s'agisse des délinquants, des immigrés clandestins ou des prêcheurs islamistes.

C'est "une femme drôlement difficile", commente l'ex-ministre Kenneth Clarke et député conservateur à son arrivée au pouvoir.

Elle est aussi jugée "calme", "bosseuse", "réservée mais très abordable" par ses administrés interrogés par l'AFP après son arrivée au pouvoir.

Pour tenter de corriger un déficit en chaleur humaine, elle a donné une série d'interviews avec son mari pendant la campagne, mais sans beaucoup s'y livrer, évoquant son goût de la marche et de la cuisine.

Seul indice de fantaisie dans ce profil lisse très travaillé: ses chaussures désormais iconiques à motifs léopard.

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