Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Tensions ou non, l’Alberta devrait continuer de fournir du pétrole à la Colombie-Britannique

En 1980, l'Alberta en conflit avec Ottawa avait décidé de baisser ses livraisons de pétrole. Même si les tensions actuelles devaient s'accentuer avec la Colombie-Britannique, une telle crise ne devrait pas se reproduire.

Un texte de Laurent Pirot

Le programme énergétique national décidé par le premier ministre Pierre-Elliott Trudeau pour favoriser l’indépendance énergétique du pays demandait à l’Alberta de livrer plus de pétrole vers les autres provinces, tout en acceptant d’en tirer un prix moindre.

Après des mois d’intenses négociations, Trudeau avait voulu passer en force. La réponse de l’Alberta avait été cinglante : dans une allocution télévisée, le premier ministre albertain Peter Lougheed annonçait une baisse de la production de pétrole albertain.

Nous devrions réduire notre production de pétrole à environ 85 % de la capacité.

Près de 40 ans plus tard, l’Alberta se retrouve dans une autre négociation difficile, cette fois avec la Colombie-Britannique, dont les probables futurs dirigeants s’opposent à une extension du pipeline Trans Mountain qui exporte du pétrole albertain vers l’océan Pacifique.

Les spécialistes interrogés considèrent que les tensions pourraient perdurer voire s’aggraver entre les néo-démocrates au pouvoir an Alberta et leurs cousins qui se préparent à former un gouvernement en Colombie-Britannique.

Cependant, arrêter les livraisons d’or noir vers la Colombie-Britannique ne semble pas une option.

« Une telle mesure provoquerait des remous assez extraordinaires parce que ce serait du jamais-vu », pense l’historien et politologue Nicolas Kenny, de l’Université Simon Fraser, dans la région de Vancouver. « L’économie canadienne fonctionne avec le présupposé que les biens vont pouvoir circuler plus ou moins librement », rappelle-t-il.

Peu de marge de manoeuvre

Outre l’impact politique d’une telle décision, les conditions économiques ne sont pas non plus réunies, ajoute Jean-Thomas, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa.

« L’Alberta ne peut pas menacer les provinces comme elle l’a fait en 1980 de couper les livraisons », pense-t-il, « ça accentuerait le problème pour l’Alberta parce qu’elle a trop de pétrole par rapport aux capacités de livraison » des pipelines existants.

En outre, limiter les exportations reviendrait pour la province à se passer des revenus générés par l’exploitation pétrolière, relève-t-il.

« L’Alberta a la partie faible du bâton, alors qu’en 1980, elle avait la partie forte du bâton », pense Jean-Thomas Bernard.

Le gouvernement de Rachel Notley prend d’ailleurs soin de rappeler que l’approbation pour le projet Trans Mountain a été donnée par le fédéral et que c’est donc à Ottawa de s’assurer que la construction va de l’avant.

Les ministres albertains n’ont pas évoqué de possibles représailles. Mais ils ont rappelé qu’Edmonton avait obtenu le statut d’intervenant pour pouvoir défendre l’expansion du pipeline Trans Mountain devant les tribunaux.

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.