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07/06/2017 20:45 EDT | Actualisé 07/06/2017 21:00 EDT

USA: la fuite du document de la NSA relance le débat sur le secret des sources

C'était un énorme scoop pour The Intercept: un document confidentiel de la NSA qui révèle les tentatives russes de pénétrer les système électoraux américains. Le média d'investigation en ligne est désormais montré du doigt, depuis l'arrestation de la source présumée de la fuite.

Une sous-traitante du gouvernement sur les questions de sécurité nationale, Reality Leigh Winner, 25 ans, a été arrêtée pour avoir transmis un document top secret à "un média en ligne", a assuré le ministère de la Justice dans la foulée de la publication de l'article de The Intercept. Selon le ministère, elle aurait "imprimé" et partagé ce rapport.

Le site d'investigation aurait-il involontairement donné des indices qui ont permis au gouvernement de remonter jusqu'à la source ? Pour plusieurs observateurs des médias, ses journalistes se sont au mieux montrés imprudents.

The Intercept a commis "des erreurs flagrantes qui ont condamné sa source", a dénoncé Barton Gellman, journaliste au Washington Post.

En cherchant à vérifier l'authenticité du document, "il a fourni au gouvernement américain une copie en couleur du document original et dit à un contractuel que le document avait été posté d'Augusta (en Géorgie, ndlr). Où vit la source", s'est encore étonné ce double lauréat du prix Pulitzer, qui fit partie des journalistes ayant travaillé sur les fuites de l'ancien contractuel de la NSA, Edward Snowden.

Reality Leigh Winner, s'il s'agit bien d'elle, a commis elle aussi des erreurs en imprimant le document d'une façon qui pouvait être retracée, explique Jake Swearingen, du New York Magazine. Mais, estime-t-il, The Intercept aurait dû prendre davantage de précautions.

"Il est assez logique que The Intercept cherche une confirmation" de l'authenticité, écrit M. Swearingen. "Mais révéler le cachet de la poste d'Augusta, en Géorgie, à la tierce partie a clairement aidé le gouvernement à monter le dossier" contre elle.

- Une 'honte' -

Le document a été envoyé "anonymement" et "nous n'avons pas connaissance de l'identité de la personne qui nous l'a fourni", s'est défendu The Intercept, dirigé par Glenn Greenwald, qui avait été à l'origine des révélations d'Edward Snowden.

Reality Leigh Winner "est visée par des allégations qui n'ont pas été prouvées", a mis en garde le média, dans un communiqué appelant à la méfiance quant à la version du FBI sur ce qui l'a conduit à arrêter la jeune femme.

Reste que pour nombre d'observateurs, la compromission même involontaire d'une telle source est inexcusable.

"Espère que @theintercept va faire une auto-critique de sa protection des sources, ou du manque de celle-ci -- et rendre les résultats publics", a tweeté Dan Gillmor, professeur de journalisme dans l'Arizona.

John Kiriakou, un ancien analyste de la CIA qui avait été emprisonné pour avoir fait fuiter des informations sur la torture et la simulation de noyade, s'est lui montré plus catégorique. "@theintercept devrait avoir honte", a-t-il écrit sur Twitter. Le journaliste "Matthew Cole brûle encore une autre source. Cela rend toute votre organisation indigne de confiance", a-t-il tonné.

La plateforme-reine pour faire fuiter des documents confidentiels, WikiLeaks, offre même une récompense de 10.000 dollars pour toute information compromettante qui permettrait de "mettre ce +reporter+ hors-circuit".

Se focaliser sur cette potentielle négligence coupable écarte toutefois de la question cruciale de savoir si l'information en elle-même est d'intérêt public, nuancent d'autres observateurs.

Edward Snowden a d'ailleurs réagi sur un blog, rappelant le rôle essentiel des "lanceurs d'alerte". "Poursuivre une source journalistique en justice", a-t-il expliqué, "sans que le jury ne prenne en considération la nuisance ou le bienfait de l'activité journalistique, est une menace fondamentale pour la liberté de la presse".

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