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08/06/2017 03:17 EDT | Actualisé 08/06/2017 03:20 EDT

Référendum en Catalogne, le cas de conscience des fonctionnaires

A quelle autorité se vouer? Les fonctionnaires de Catalogne craignent de vivre un conflit de loyauté si le gouvernement indépendantiste de leur région du nord-est de l'Espagne avance dans ses plans sécessionnistes et leur demande de prendre des mesures illégales.

Leur collaboration semble indispensable pour organiser le référendum d'autodétermination que le président séparatiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, prépare et dont il devrait annoncer la date vendredi.

Pour cette consultation il faudra dresser des listes d'électeurs, imprimer et distribuer des bulletins, ouvrir des écoles comme bureaux de vote, assurer la sécurité, etc.: autant de tâches en principe dévolues à des fonctionnaires.

Mais le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy répète qu'il s'agit d'un référendum interdit car la Constitution ne permet pas de consulter le peuple sur une seule portion du territoire quand il s'agit d'un enjeu national.

"Je suis certain que tous les fonctionnaires de Catalogne respecteront la loi", a insisté début juin le porte-parole du gouvernement central, Íñigo Méndez de Vigo.

Des paroles qui sonnent comme un avertissement pour les quelque 300.000 employés de la fonction publique de la région de 7,5 millions d'habitants, qui se sentent pris entre deux feux.

Car enfreindre les ordres de leurs supérieurs dans la région pour respecter la loi peut leur valoir des sanctions disciplinaires régionales.

Mais ils risquent aussi, s'ils les suivent, d'être ihnhabilités par la justice et de perdre leur travail.

Le gouvernement espagnol pourrait même décider, dans certains cas de figure, de prendre le contrôle direct de l'administration catalane et imposer des sanctions immédiates aux fonctionnaires désobéissants.

- Jouer son poste -

"Les fonctionnaires sont inquiets, parce qu'ils sont le maillon le plus faible dont tout le monde veut tirer parti", résume Pere Grau, de l'association indépendantiste Assemblée nationale de Catalogne, qui tente de les rassurer.

Agent du corps de police catalan, les Mossos d'Esquadra, Josep Miquel Milagros, lui, n'a pas de doute: "Je suis indépendantiste mais je ne mettrai pas mon salaire en jeu pour quelque chose qui ne me regarde pas directement".

Les 17.000 "Mossos" sont subordonnés au gouvernement catalan mais doivent respecter les décisions judiciaires, même contraire aux ordres de leurs supérieurs.

"Nous pouvons nous retrouver le dos au mur, admet M. Milagros, également porte-parole du syndicat policier USPAC. Mais en tant qu'agents de police, nous devons respecter la légalité en vigueur, nous n'avons pas d'autre choix".

Joan Escanilla, président en Catalogne du syndicat majoritaire de fonctionnaires CSIF, assure que la préoccupation s'est accentuée ces dernières semaines, et que le ton est monté entre Barcelone et Madrid.

Son syndicat recommande à ses membres de demander des ordres écrits à leurs supérieurs chaque fois qu'ils doutent de leur légalité.

Les collectifs les plus menacés sont ceux qui travaillent à l'organisation du référendum, les policiers et les directeurs d'établissements scolaires où pourrait avoir lieu le vote.

Mais tous seraient concernés si jamais la région adoptait une hypothétique déclaration d'indépendance.

- Autorités en rivalité -

La tension pourrait s'accentuer dans les prochaines semaines, si le parlement régional, contrôlé par les indépendantistes depuis 2015, votait la "loi de transition", dont le but est de dissocier la région de la légalité espagnole et d'organiser le référendum.

En théorie, cette loi régionale obligerait tous les fonctionnaires qui travaillent en Catalogne à ne plus faire allégeance à Madrid, mais exclusivement au gouvernement régional.

"Celui qui ne la respectera pas sera sanctionné", a averti lors d'une conférence le député indépendantiste Lluís Llach.

Le gouvernement espagnol a lui a qualifié cette éventuelle loi de "véritable coup d'Etat".

Mais "en cas conflit, étant donné la disproportion de moyens coercitifs, celui qui rique de perdre, c'est le gouvernement catalan", estime le professeur de droit constitutionnel à l'Université de Barcelone Xavier Arbós.

Le dirigeant du syndicat de fonctionnaires CSIF, M. Escanilla, partage son opinion: pour lui, 80% des fonctionnaires resteront fidèles à la Constitution.

Selon le quotidien conservateur La Razon, le gouvernement espagnol serait disposé à trancher par le haut en demandant à la justice d'inhabiliter l'actuel président de la région Carles Puigdemont, un fait qui serait sans précédent depuis le retour de l'Espagne à la démocratie.

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