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08/06/2017 06:12 EDT | Actualisé 08/06/2017 06:20 EDT

Le Soudan du Sud refuse des visas à 20 journalistes étrangers

Le Soudan du Sud a refusé de délivrer des visas pour au moins 20 journalistes étrangers, a-t-on appris jeudi auprès de l'Autorité sud-soudanaise des médias, qui les accuse d'incitation à la haine dans leurs articles sur ce pays en guerre depuis 2013.

Dans un entretien avec la radio sud-soudanaise Eye Radio dont la teneur a été confirmée à l'AFP par l'intéressé, le directeur de l'Autorité des médias Elijah Alier a indiqué que 20 journalistes se sont vus refuser l'accès au pays pour des articles "sans fondements et irréalistes".

Afin de demander un visa pour le Soudan du Sud, les journalistes étrangers doivent au préalable obtenir une lettre de "non-objection" de l'Autorité des médias. M. Alier n'a pas précisé quels journalistes étaient visés, pour quel organe de presse ils travaillent ou sur quelle période ces refus ont été signifiés.

Selon l'article de Eye Radio, les journalistes jugés indésirables ont écrit des articles que l'Autorité des médias a estimés "insultants ou dégradants pour le pays et son peuple" et susceptibles de contribuer au cycle de violence plutôt qu'à la paix.

"Certains de ces journalistes n'ont jamais été vus au Soudan du Sud", a déclaré M. Alier à Eye Radio. "On doit aussi respecter le pays, auquel on ne peut pas simplement apposer l'étiquette de +fou+".

M. Alier assure par ailleurs que le Soudan du Sud a approuvé la venue de 200 autres journalistes.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et contraint plus de 3,7 millions de personnes à fuir leur foyer.

En mai, le gouvernement avait temporairement suspendu les activités du bureau en langue anglaise d'Al-Jazeera à Juba après la diffusion d'un reportage tourné dans une zone tenue par les rebelles. En décembre 2016, l'un des derniers journalistes étrangers basés au Soudan du Sud, l'Américain Justin Lynch, avait été arrêté et expulsé du pays.

"Cela donne l'impression que le Soudan du Sud a quelque chose à cacher et qu'il ne veut pas que toute la vérité au sujet du pays soit connue", a réagi auprès de l'AFP Alfred Taban, président de l'Association pour le développement des médias au Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud a perdu trente places dans le classement annuel de la liberté de la presse, publié par RSF, depuis le début de la guerre civile, et occupe désormais la 145e place sur 180.

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