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08/06/2017 10:54 EDT | Actualisé 08/06/2017 12:29 EDT

« J'espère bien qu'il y a des enregistrements », dit Comey de ses entretiens avec Trump

Dans le témoignage très attendu qu'il livre jeudi devant le comité du renseignement du Sénat américain, l'ex-directeur du FBI James Comey affirme avoir consigné, par écrit, le contenu des neuf entretiens qu'il a eus avec Donald Trump, parce qu'il craignait que le président « puisse mentir » à leur sujet.

Cette comparution de l’ancien patron de la police fédérale américaine est cruciale pour l’enquête du comité sur une possible ingérence russe lors de la campagne présidentielle..

James Comey, brutalement limogé par le président Trump le 9 mai dernier, a déclaré devant les sénateurs jeudi qu’il n’avait « aucun doute » que les Russes avaient interféré dans cette campagne.

Répondant à une question du président du comité, le républicain Richard Burr, l’ex-patron du FBI a précisé n’avoir pas de doute, non plus, que le gouvernement russe « était derrière » les instrusions visant le Democratic National Committee (DNC) et les fuites subséquentes dans les médias.

La première des cyber-intrusions a eu lieu à la fin de l’été 2015, a rapporté James Comey.

M. Comey, qui témoigne à titre de simple citoyen devant le comité, s’est dit par contre convaincu qu’aucun bulletin de vote n’avait été altéré durant le scrutin de 2016.

La quinzaine de sénateurs qui l’entendent au Congrès tenteront de déterminer si les multiples requêtes de M. Trump à l'endroit de James Comey constituent une interférence politique et une entrave à la justice. C'est à la suite d'un délit aussi sérieux que le Congrès avait lancé une procédure de destitution contre les présidents Richard Nixon et Bill Clinton, par le passé.

C'est la première fois que l’ancien directeur du FBI s'exprime publiquement depuis son congédiement. Son témoignage s'effectue devant une salle comble et il est retransmis sur toutes les grandes chaînes américaines.

Des mémos détaillés

C’est à la suite d’une rencontre avec le président désigné, le 6 janvier, que James Comey a décidé de noter par le menu détail, ses échanges avec Donald Trump. Pourquoi? « En raison des circonstances, des sujets qui étaient discutés et de la nature de la personne avec qui j'en discutais », a expliqué James Comey.

Les circonstances, d’abord : « J’étais seul avec le président désigné », a dit James Comey. À la suite d’une réunion le 14 février dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, Donald Trump avait même demandé aux autres participants de sortir de la pièce, y compris le procureur général, supérieur hiérarchique de James Comey.

« À mon avis, il [le procureur général] avait le sentiment qu’il ne devait pas sortir, ce qui explique pourquoi il s’est attardé dans la pièce », a raconté James Comey au comité.

Ensuite, « la nature de la personne » qu’est Donald Trump : « J’étais honnêtement préoccupé qu’il puisse mentir à propos de la nature de nos échanges », a dit James Comey.

Nommé en 2013, l’ex-directeur de la police fédérale des États-Unis affirme n’avoir jamais éprouvé jusque là le désir de documenter une rencontre qu’il avait eue - à titre de sous-procureur général- avec George W. Bush. Il n’avait pas non plus créé de mémos à la suite de ses deux rencontres avec Barack Obama.

Mais avec Donald Trump, « c’était difficile », de dire James Comey.

Peut-être qu’un jour, j’aurai besoin d’un document de ce qui est arrivé, pas seulement pour me défendre moi, mais aussi pour défendre le FBI en tant qu’institution.

James Comey, ex-directeur du FBI, devant le comité du renseignement du sénat américain

Des mémos coulés aux médias par l'entremise d'un ami

L'ancien patron du FBI a avoué avoir organisé la fuite des notes de ses rencontres avec M. Trump à la presse américaine.

M. Comey a révélé durant l'audition qu'il avait confié à un ami personnel, professeur d'université, le soin de les transmettre à des journalistes afin de précipiter la nomination d'un procureur spécial. De fait, le département de la Justice a nommé le 17 mai ce procureur spécial, Robert Mueller. Ce dernier est désormais en possession de ces notes, selon James Comey.

Donald Trump avait sous-entendu, dans un tweet, qu'il détenait des enregistrements de ces discussions susceptibles de contredire ces notes.

J'ai choisi mes mots avec soin. J'ai vu le tweet sur les enregistrements. J'espère bien qu'il y a des enregistrements.

James Comey, ex-directeur du FBI, devant le comité du renseignement du sénat américain

Plusieurs comités du Congrès ont manifesté le désir d'entendre James Comey qui n'a au final accepté d'autre invitation que celle du comité sur le renseignement.

Des « mensonges purs et simples »

James Comey accuse l’administration Trump d’avoir répandu des « mensonges purs et simples » à son endroit et d’avoir terni sa réputation et celle du FBI.

Sans préciser de quels mensonges il s'agissait, il a dit avoir été confus et préoccupé par les explications fournies par l'administration Trump pour justifier son congédiement.