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08/06/2017 06:44 EDT | Actualisé 08/06/2017 07:00 EDT

GB/élections : à Barking, les problèmes du quotidien avant la sécurité

A Barking, quartier modeste de l'est de Londres où habitaient deux des auteurs de l'attaque qui a touché le centre-ville samedi, les problèmes du quotidien - logement, éducation, santé - supplantent les questions de sécurité chez les électeurs.

Luke, 27 ans, pointe une porte du doigt, visible depuis l'entrée de l'église transformée en bureau de vote : "C'est cet appartement!", s'exclame-t-il. Au lendemain de l'attentat, la police avait réalisé plusieurs perquisitions dans le quartier.

Cette proximité n'impressionne pas plus que ça le jeune homme et son amie de 26 ans, Tania, qui ont emmené leur deux bouledogues avec eux pour aller voter. "Pour être honnête, ça n'est pas entré en compte dans mon vote", dit Tania.

Pour cette fille de médecins, le sujet le plus préoccupant est l'avenir du NHS, le système de santé britannique. Elle défend également la disparition des centrales nucléaires,j et souhaite "plus d'immigration en général, et surtout dans le contexte des négociations du Brexit".

"La sécurité à Barking n'est pas si mal, les questions sociales sont plus importantes", affirme Sammy Owusu, 41 ans, après avoir glissé son bulletin dans l'urne.

A la sortie du bureau de vote, Katherine, 30 ans, explique qu'elle se soucie davantage des "problèmes du quotidien" que des questions de sécurité.

Dans ce bastion travailliste - la députée Margaret Hodge a été réélue en 2015 avec plus de 57% des voix - l'histoire politique récente a été marquée par la percée de l'extrême droite.

En 2010, le candidat du British National Party, Nick Griffin, était arrivé en troisième position, derrière le Labour et les conservateurs, avec 14,6% des voix.

Cinq ans plus tard, le parti europhobe Ukip faisait mieux que les Tories et finissait second avec 22% des voix.

- Une mauvaise image agaçante -

La mauvaise image donnée au quartier par les assaillants jihadistes agace les habitués du "Couleur Café", un établissement qui jouxte la station de métro.

Ils sont peu enclins à discuter des récents évènements qui ont secoué le voisinage. "Business as usual", affirment-ils, en sirotant leur boisson en terrasse. "On ne peut pas choisir son voisin", déclare l'un des habitués. "C'est un quartier normal", avec son lot de petite délinquance, explique-t-il, préférant ne pas donner son identité.

A quelques dizaines de mètres, un marché attire les chalands. Entre les allées, le flux est incessant. La vie a repris son cours, après les multiples arrestations réalisées dans le quartier par la police ces derniers jours.

Sadek Sayed, agent immobilier pour Bairstoweves, observe les changements démographiques depuis que sa famille s'est installée à Barking il y a 22 ans. Il a été le témoin de l'arrivée de nouvelles minorités d'Afrique et d'Europe de l'Est, mais aussi de Londoniens qui quittaient le nord et l'ouest de la capitale à la recherche d'un immobilier moins onéreux.

Il explique que Barking attire les investisseurs étrangers, grâce à quatre lignes de métro, ses accès aux voies rapides et ses logements abordables. Il s'inquiète que le quartier soit désormais considéré comme le repère des auteurs de l'attentat, ce qu'il jugerait "très injuste".

Selon le conseiller municipal Giasuddin Miah (Labour), qui faisait jeudi matin la tournée des bureaux de vote, le voisinage était "choqué" d'apprendre que deux des assaillants vivaient ici. Deux personnes sur 200.000 habitants d'un quartier "chaleureux : on en est vraiment désolé", dit-il.

Emanuel, 31 ans, d'origine roumaine, n'ira pas voter. Il estime pour sa part que "la police devrait être plus vigilante dans ce quartier", rappelant que l'un des assaillants était connu des autorités. "Ils se concentrent sur le centre de Londres mais ils devraient protéger chaque personne de la même façon", regrette-t-il.

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