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08/06/2017 13:59 EDT | Actualisé 08/06/2017 23:24 EDT

Comey accuse Trump de l'avoir congédié à cause de l'enquête sur la Russie

WASHINGTON — L'ancien directeur de la police fédérale américaine (FBI), James Comey, a soutenu jeudi que le président Donald Trump l'avait congédié afin d'influencer l'enquête sur le rôle de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016 et les possibles liens de responsables russes avec l'équipe de campagne de celui qui était alors candidat républicain.

«Mon interprétation est que j'ai été limogé en raison de l'enquête sur la Russie», a dit M. Comey au cours de son témoignage très attendu devant le comité du renseignement du Sénat.

C'était la première fois que l'ex-directeur du FBI prenait la parole publiquement depuis son renvoi le 9 mai, et ses propos menacent de porter atteinte à la présidence de M. Trump.

«J'ai été renvoyé dans (le cadre d')une façon de changer, ou d'une tentative de changer, la manière dont l'enquête sur la Russie était menée», a-t-il avancé lors de son témoignage sous serment.

M. Comey a aussi accusé l'administration Trump d'avoir répandu des «mensonges, purement et simplement», à son sujet et concernant le FBI, dans la foulée de son congédiement inattendu.

L'ex-directeur du FBI a dit que l'administration avait «terni (sa) réputation, et pire encore celle du FBI» en prétendant que l'agence était en déroute sous sa direction.

Témoignant de la méfiance profonde qui existait entre le président et lui, M. Comey a décrit l'inconfort qu'il avait éprouvé lors de ses échanges privés avec M. Trump, déclarant qu'il avait ressenti le besoin de consigner le tout par écrit immédiatement.

M. Comey a fait ces commentaires devant une salle d'audience bondée, paralysant Washington et une partie du pays alors que tous les yeux étaient tournés vers les écrans de télévision.

Dans une version écrite de son témoignage rendue publique mercredi, M. Comey affirmait notamment que Donald Trump lui avait aussi demandé de mettre fin à l'enquête sur l'ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn.

Le président du comité sénatorial, le républicain Richard Burr, lui a posé jeudi la question cruciale: «Estimez-vous que le président essayait de faire entrave à la justice, ou qu'il cherchait simplement un moyen pour permettre à Mike Flynn de sauver son honneur, puisqu'il avait déjà été congédié?»

«Il ne me revient pas de dire si la conversation que j'ai eue avec le président constitue une tentative d'entrave à la justice, a-t-il répondu. Mais j'ai trouvé cela très dérangeant, très préoccupant. Mais c'est une conclusion que le procureur spécial étudiera certainement de très près pour tenter de comprendre quelle était l'intention (du président) et pour voir s'il s'agit d'un crime.»

Plus tard, dans une révélation inattendue, M. Comey a avoué avoir cherché, après son congédiement, à favoriser la nomination d'un procureur spécial pour chapeauter l'enquête sur la Russie, en laissant couler à la presse une de ses notes concernant M. Trump.

«Mon jugement me disait que ça avait besoin d'être rendu public», a-t-il dit.

L'avocat de Trump réagit

L'avocat personnel de M. Trump, Marc Kasowitz, a par la suite démenti l'affirmation de M. Comey voulant que le président américain ait tenté de le convaincre de laisser tomber les investigations visant Michael Flynn.

«Jamais, ni sur la forme ni en substance», M. Trump n'a dissuadé M. Comey d'enquêter sur quiconque, a martelé M. Kasowitz.

L'avocat a en outre souligné que M. Comey avait confirmé, dans son allocution devant le comité sénatorial, que M. Trump n'était pas personnellement visé par l'enquête que l'ex-patron du FBI pilotait.

M. Kasowitz a par ailleurs accusé M. Comey de contribuer à transmettre aux médias de l'information qui nuirait à l'administration américaine.

Il a du même souffle pointé du doigt «ceux qui, dans le gouvernement, tentent activement de porter atteinte à cette administration avec des fuites sélectives et illégales d'information classifiée et de communications privilégiées».

Le président lui-même est demeuré silencieux, jeudi, refusant de répondre aux questions des journalistes sur les accusations lancées par l'ancien directeur du FBI. M. Trump s'est contenté de leur sourire.

Il n'a pas réagi non plus sur son compte Twitter.