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07/06/2017 07:18 EDT | Actualisé 07/06/2017 07:40 EDT

Qatar: la grande base américaine d'Al-Udeid sous les projecteurs

L'intervention de Donald Trump dans la crise du Golfe a braqué les projecteurs sur la base aérienne d'Al-Udeid, qui héberge près de 10.000 soldats américains au Qatar et s'avère cruciale dans les opérations contre le groupe Etat islamique (EI).

Avec des tweets explosifs mardi, en pleine dispute entre pays du Golfe, le président américain a jeté le trouble sur les relations entre son pays et le Qatar, pourtant l'un de ses proches alliés, et notamment sur l'avenir de la grande base d'Al-Udeid.

Il a d'abord semblé prendre fait et cause pour l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis contre le Qatar mais a ensuite rectifié le tir en appelant à "l'unité" des pays du Golfe lors d'un appel téléphonique avec le souverain saoudien.

Pièce maîtresse du dispositif américain au Moyen-Orient, l'immense base d'Al-Udeid, au sud-ouest de la capitale Doha, est invisible pour ceux qui vivent au Qatar.

"Elle est une valeur ajoutée stratégique que le Qatar apporte aux Etats-Unis", explique Kristian Ulrichsen, analyste à l'Institut Baker de l'Université Rice (Etats-Unis). "Elle donne à l'armée américaine des moyens dont elle ne peut disposer nulle part ailleurs dans le Golfe".

L'armée de l'air américaine peut ainsi y stationner des bombardiers B-52 utilisés pour des frappes aériennes contre l'EI en Syrie et en Irak.

Le jour même des tweets de M. Trump, des attaques aériennes contre des jihadistes ont d'ailleurs été lancées depuis Al-Udeid.

- 'Rôle déterminant' -

La plupart des soldats de cette base, qui est l'une des plus grandes bases aériennes américaines dans le monde, sont des personnels de l'US Air Force.

Elle abrite le centre de commandement des opérations aériennes américaines au Moyen-Orient: c'est une plate-forme clé pour les avions ravitailleurs KC-135, les bombardiers lourds et les avions de transport, de reconnaissance et de surveillance opérant dans la région.

"Al-Udeid est une base importante qui joue un rôle déterminant dans toutes les campagnes (aériennes) des Etats-Unis", explique Andreas Krieg du département des études de Défense au King's College de Londres, qui a conseillé dans le passé l'armée du Qatar.

"Elle est également utilisée dans des opérations en Somalie", assure-t-il.

Parmi ceux qui ont servi dans cette base figure l'actuel secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, qui y a dirigé le Commandement central américain (Centcom).

Mardi, le Pentagone s'est empressé de dire que les opérations militaires américaines au Qatar ne seraient "pas affectées".

"Nous continuons d'être reconnaissants aux Qataris pour leur soutien de longue date à notre présence et nous n'avons pas de projet de changer notre position au Qatar", a déclaré le porte-parole du Pentagone Jeff Davis.

Ces zigzags reflètent les contradictions de l'administration Trump, note M. Ulrichsen.

"De toute évidence, nous avons deux ailes dans cette administration: l'aile présidentielle et l'aile institutionnelle", explique-t-il.

Selon lui, Le président Trump a penché pour les Saoudiens parce qu'ils l'ont "lu comme un livre ouvert" lors de son déplacement en mai à Ryad. "Ils ont su comment le prendre et il a été clairement flatté".

- Jalousie -

La base d'Al-Udeid a vu le jour en 2005 au moment où les Etats-Unis cherchaient une alternative à celles qu'ils avaient en Arabie saoudite, qui leur avait demandé de partir après les attentats du 11 septembre 2001.

L'installation des Américains à Al-Udeid leur donnait la possibilité de répartir les risques à travers la région.

Et pour le Qatar, cette installation donnait une garantie de sécurité face à ses nombreux rivaux régionaux.

"Les Américains peuvent donner au Qatar ce que personne ne peut leur donner", analyse ainsi M. Kreig, selon lequel les Américains en tirent eux aussi un avantage: "Avoir un contrôle sur l'armée du Qatar".

Certains rivaux du Qatar aimeraient avoir une telle base sur leur propre sol, estime encore l'analyste, affirmant que les Emirats arabes unis regardent Al-Udeid avec jalousie et aimeraient qu'elle soit relocalisée.

"Le plan à long terme est de faire venir les Américains aux Emirats", dit-il. "La pression émiratie et saoudienne (pour déplacer la base) pourrait monter, mais je pense que c'est peu probable à court terme".

dh/mh/ras/bpe