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07/06/2017 18:00 EDT | Actualisé 07/06/2017 18:20 EDT

Législatives britanniques: peut-on croire les sondages?

Les sondages ont rythmé la campagne électorale britannique, donnant tout d'abord une très large avance aux Conservateurs de la Première ministre Theresa May, avant de dessiner une remontée en force des Travaillistes de Jeremy Corbyn. Mais ils se sont souvent trompés ces dernières années...

- Que disent les sondages ? -

Mi-avril, ils donnent plus de 20 points d'avance aux Tories, incitant Mme May à déclencher des élections anticipées en dépit de son engagement à ne pas écourter la législature. La dirigeante table sur un raz-de-marée conservateur pour négocier le Brexit en position de force face au bloc des 27.

Mais des propositions controversées concernant la protection sociale des personnes âgées ainsi que la pugnacité de M. Corbyn, auteur d'une campagne jugée réussie même par le très conservateur Times, ont fait fondre cette avance.

Les dernières estimations accordent une avance de 1 à 10 points aux Conservateurs et la plupart des politologues jugent que la dirigeante est en position d'accroître sa majorité au Parlement, actuellement de 17 sièges.

Mais l'institut YouGov n'a pas exclu le week-end dernier que les Conservateurs reculent au point de perdre leur majorité absolue, ce qui constituerait un énorme camouflet pour Mme May.

- Sont-ils fiables ? -

Telle est la question. Avant les dernières législatives, en mai 2015, les sondages donnaient Conservateurs et Travaillistes au coude-à-coude. Au point d'imaginer qu'aucun des deux partis n'aurait de majorité absolue.

Au final, les Tories, qui gouvernaient depuis 2010 en coalition avec les Libéraux-démocrates, ont décroché un ticket de gouvernement en solo.

Pour le Brexit, les sondages ont longtemps donné le camp du maintien dans l'UE vainqueur du référendum organisé par David Cameron. Résultat: les électeurs ont opté pour la sortie de l'UE en juin 2016 et M. Cameron a été contraint de céder sa place à Mme May.

- Pourquoi ces difficultés ? -

L'art du sondage est un exercice délicat sous toutes les latitudes, comme l'a rappelé la victoire "surprise" de Donald Trump aux Etats-Unis à l'automne dernier. Il l'est tout particulièrement au Royaume-Uni, où les législatives se jouent au scrutin à un tour: le candidat arrivé en tête dans une circonscription l'emporte même s'il est loin d'obtenir la majorité absolue.

A l'échelle du pays, un parti peut donc remporter une majorité de sièges avec moins de voix au total que son adversaire. "Il n'y a pas de lien automatique entre les votes recueillis au plan national et le nombre de sièges obtenus", rappelle l'universitaire John Curtice pour l'AFP.

Une petite formation solidement implantée localement peut rafler la mise sur la quasi-totalité d'une région. Tels les nationalistes écossais du SNP, parti devenu troisième force au Parlement britannique sortant alors qu'il ne concourt qu'en Ecosse.

Une inconnue de taille porte sur la participation des jeunes, en principe favorables aux Travaillistes: les moins de 25 ans se sont inscrits massivement pour voter. Mais c'est l'électorat le moins susceptible de se déplacer pour se rendre aux urnes, selon les analystes.

- Qu'en conclure ? -

Malgré leurs tentatives pour affiner leurs méthodes, notamment avec des échantillons plus représentatifs, les instituts font preuve de prudence, même si la plupart d'entre eux estiment que Mme May pourrait gagner de nouveaux sièges, et donc son pari. En tout état de cause, les Travaillistes ne semblent pas en position de remporter l'élection, selon les sondeurs.

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