NOUVELLES
07/06/2017 08:22 EDT

Le trésor d’ICI TOU.TV : Gouttes d’eau sur pierres brûlantes

Chaque mercredi, nous vous faisons découvrir un petit bijou dans la programmation cinéma d'ICI TOU.TV.

Au Festival de Cannes qui vient de se terminer, son Amant double, thriller érotique évoquant autant la nouvelle de Joyce Carol Oates dont il est adapté que la perversité toute singulière de Dead Ringers (Faux-semblants) de David Cronenberg, n’aura pas remporté d’honneur. Mais cela n’empêche pas de se préparer à le voir (si un distributeur de chez nous nous le montre un jour) en plongeant dans les racines de l’érotisme façon François Ozon.

Dès 2000, dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, son troisième film (après Sitcom et Les amants criminels, déjà de sympathiques pavés dans la mare), le cinéaste s’amusait en effet à bousculer les codes d’un certain cinéma classique et poli en adaptant à sa façon une pièce de théâtre du non moins subversif auteur et réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder (que ce dernier n’avait jamais lui-même mise en scène).

Un huis clos dans un appartement, quatre personnages et une sacrée dose de transgression, voilà ce qui suffit à François Ozon pour faire de cet entêtant Gouttes d’eau sur pierres brûlantes une variation particulièrement excitante autour de l’idée d’un amour ne pouvant se vivre que dans le plaisir de la domination et de la manipulation.

Car voilà bien ce qu’est Léopold (Bernard Giraudeau glacial, séduisant, cynique, parfait). Un homme de 50 ans qui tyrannise son jeune amant de 19 ans (Malik Zidi, charismatique et fragile), comme il l’avait fait avec son ex-compagne (Anna Thompson, bouleversante) qu’il accueille dans sa maison, après des années sans l’avoir vue, d’un terrible « Vera, ma chérie. Mon Dieu, comme tu as vieilli! » Un prédateur qui dévore ses conquêtes, minant peu à peu leur estime d’elles-mêmes pour mieux en faire ses choses.

Et même l’irruption de la candide et hilare Anna (troublante Ludivine Sagnier) n’y changera rien. L’amour est un jeu cruel et érotique, brutal et torride, qu’Ozon observe ici avec une délectation folle, caressant, frôlant ou insistant de sa caméra et nappant dans une esthétique délicieusement surannée ce ballet de dupes aussi théâtral qu’il est pulsionnel et changeant – en ce qui concerne le registre (mélo, érotisme, polar…) –, avec la liberté et l’audace d’un enfant qui se permet tout.

Une farce à déconseiller aux yeux chastes, mais à chaudement recommander à tous ceux qui pensent qu’offrir à quatre personnages au bout du rouleau une récréation en les laissant danser, face à la caméra et dans une chorégraphie minutieuse, sur l’adaptation allemande d’une samba, est une idée de cinéma aussi géniale que lumineuse.

La bande-annonce de Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, offert sur ICI TOU.TV EXTRA (source YouTube)