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07/06/2017 06:46 EDT | Actualisé 07/06/2017 07:00 EDT

GB: une campagne électorale comme aucune autre

Annoncée à la surprise générale, ultra-courte, interrompue par deux attentats, et avec le Brexit en toile de fond: la campagne pour les élections législatives britanniques de jeudi n'a ressemblé à aucune autre. Retour sur les points marquants des dernières semaines:

La surprise du chef

En poste depuis moins d'un an, la Première ministre conservatrice Theresa May annonce le 18 avril l'organisation d'élections législatives anticipées.

Si cette possibilité avait été évoquée dans les milieux politiques, la surprise reste grande, la cheffe de l'exécutif, comme des membres de son gouvernement, ayant précédemment assuré que le calendrier électoral, soit un scrutin en 2020, serait respecté.

"Nous n'avions pas eu d'élections anticipées depuis les années soixante-dix", note le Dr Stephen Barber, de la London South Bank University.

C'était en octobre 1974 et le Premier ministre travailliste Harold Wilson, à la tête d'un gouvernement minoritaire, cherchait alors à obtenir la majorité au Parlement, ce qu'il parviendra finalement à faire.

L'objectif visé par Theresa May? Muscler sa majorité au Parlement avant de se lancer dans les épineuses négociations sur la sortie de l'UE avec Bruxelles.

Avis de disparition: le Brexit

Préoccupation majeure des Britanniques, enjeu historique pour le pays, le Brexit n'a pourtant paradoxalement occupé qu'une place limitée dans les débats. Il a souvent servi de prétexte à des attaques ad hominem entre les candidats, Theresa May et le leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn s'accusant l'un l'autre de ne pouvoir mener à bien la sortie de l'UE.

"Alors que c'est une élection sur le Brexit, il a rapidement disparu du radar", souligne le Dr Barber. "C'est dû en partie au fait que plutôt que de rouvrir le débat, May et Corbyn l'ont centré sur qui était le plus à même de négocier" avec Bruxelles.

Seuls les centristes europhiles du parti Libéral-démocrate ont focalisé leur campagne sur le sujet en promettant un référendum sur le résultat des négociations de sortie avec l'UE. Mais les "Lib-Dem" ont patiné dans la campagne, plombés par un duel May-Corbyn qui n'a laissé guère de place à leur leader Tim Farron.

Attentats jihadistes, campagne suspendue

Manchester, 22 mai: 22 personnes sont tuées par un kamikaze à la sortie d'un concert d'Ariana Grande. Londres, 3 juin: une équipée sanglante menée par trois jihadistes fait 8 morts en plein coeur de la capitale.

Les deux attentats sont revendiqués par le groupe Etat islamique (EI). C'est la première fois qu'une campagne électorale britannique est frappée par la violence jihadiste.

La campagne est suspendue à deux reprises, du jamais vu dans des élections législatives au Royaume-Uni, selon le Dr Simon Usherwood, de l'université du Surrey, qui note que ces deux attaques peuvent rappeler le "climat de danger" entretenu dans les années 1980 par l'Armée république irlandaise (IRA).

La violence jihadiste a propulsé la sécurité au coeur du débat électoral, Jeremy Corbyn appelant même Theresa May à démissionner en l'accusant d'être à l'origine des réductions d'effectifs policiers ordonnées lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur (2010-2016).

Dégringolade dans les sondages

Qu'il semble aujourd'hui loin ce mois d'avril où Theresa May, alors au zénith de sa popularité, caracolait une vingtaine de points devant les travaillistes dans les sondages.

Divisé, le Labour semblait alors condamné à une défaite sans précédent dont ne devait pas se remettre Jeremy Corbyn, contesté par une partie des cadres du parti.

Moins de deux mois plus tard, la situation n'a plus rien à voir. Theresa May est passée à côté de sa campagne, Jeremy Corbyn s'est révélé conquérant et si les Tories sont toujours donnés favoris, leur avance s'est réduite comme peau de chagrin.

Une telle dégringolade a peu d'antécédents dans les annales, souligne le Pr Usherwood. Mais Mme May, désignée par son parti dans la foulée du vote en faveur de la sortie de l'UE, est elle-même une dirigeante "inhabituelle: elle est Première ministre par accident, (...) et sa popularité n'avait encore jamais été testée dans une campagne (nationale)", relève l'expert.

La progression du Labour au cours de la campagne "a été phénoménale", estime de son côté le Pr Tim Bale, de l'université Queen Mary de Londres.

"Je miserais quand même sur une confortable victoire des Tories, ajoute-t-il. Mais qui sait?".

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