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07/06/2017 08:31 EDT | Actualisé 07/06/2017 08:40 EDT

Défense européenne : Bruxelles veut mobiliser plus de 5 milliards d'euros par an

Bruxelles a détaillé mercredi un projet censé mobiliser 5,5 milliards d'euros par an d'investissements pour la défense européenne, dans un contexte plus propice que jamais, marqué par le Brexit et les doutes sur l'engagement des Etats-Unis au côté de l'Europe.

"Sur le plan politique, ce que nous pouvons faire est d'encourager nos amis américains à rester engagés sur la scène mondiale", a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, en présentant les propositions de la Commission.

Mais l'exécutif européen estime qu'il est temps que l'UE renforce son "autonomie stratégique", faisant écho à la chancelière allemande Angela Merkel qui a récemment appelé les Européens à "prendre leur destin en main".

"En complément de notre coopération avec l'Otan, nous devons faire plus et mieux par nous-mêmes", a plaidé le commissaire chargé des Investissements, Jyrki Katainen, expliquant que Bruxelles aiderait les pays européens à "dépenser plus efficacement l'argent des contribuables" en matière de défense.

- Drones et hélicoptères -

Le fonds présenté mercredi, qui devra être approuvé par les Etats membres pour se concrétiser, comprend un premier volet consacré au financement de recherches sur des nouvelles technologies, comme les logiciels cryptés ou la robotique.

L'UE a déjà prévu de consacrer 90 millions d'euros jusqu'à la fin de 2019 à ce type projets "collaboratifs". Mais l'exécutif européen veut passer à la vitesse supérieure après 2020, en y consacrant 500 millions d'euros par an issus du budget européen.

La Commission propose aussi d'intervenir désormais dans la phase plus délicate du développement, en offrant des cofinancements de projets comme des prototypes mis en oeuvre ensemble par plusieurs pays et en encourageant les achats groupés, de drones ou d'hélicoptères par exemple.

Elle propose "500 millions d'euros pour 2019 et 2020", puis "un milliard d'euros par an après 2020" pour le développement.

Ce montant, provenant du budget de l'UE, est censé déclencher des financements nationaux des pays intéressés par des projets communs, et "pourrait donc générer un investissement total de 5 milliards d'euros".

Au total, les investissements pour la recherche ajoutés à ceux mobilisés pour le développement pourraient atteindre 5,5 milliards par an après 2020, selon Bruxelles, pour qui le manque de coopération entre Etats membres dans la défense coûte chaque année "entre 25 et 100 milliards d'euros".

"L'Union n'est pas une alliance militaire et ne va pas devenir une alliance militaire", a pris soin de préciser Mme Mogherini, expliquant que ces projets visaient à "maximiser la valeur ajoutée que va apporter l'UE" dans un domaine qui reste pour l'heure une chasse gardée nationale.

"Dans un contexte marqué par des attentats terroristes récurrents, en Europe et dans le monde", ces propositions "marquent une prise de conscience bienvenue", a applaudi la ministre française des Armées, Sylvie Goulard.

- 'Pas rivaliser avec l'Otan' -

Le départ programmé du Royaume-Uni, qui a toujours été hostile à toute idée d'intégration en matière de défense au niveau européen, constitue une opportunité pour mettre en oeuvre ces projets, soulignent des diplomates européens.

Le flou des engagements de l'allié américain peut également y contribuer. Donald Trump demande aux Européens de dépenser plus en matière de défense et il s'est gardé fin mai de confirmer qu'il soutenait l'"article 5" du traité fondateur de l'Otan, qui prévoit que les Alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression extérieure.

"C'est un moment exceptionnel, des tabous ont été levés", estime un diplomate d'un Etat membre, jugeant qu'il "était impensable il y a quelques années d'avoir un consensus sur le principe d'autonomie stratégique européenne".

Outre son projet de fonds, la Commission a également présenté mercredi plusieurs scénarios possibles d'évolution de la défense européenne à l'horizon 2025, appelant les pays européens à exprimer leurs préférences.

Mais "même dans le scénario le plus ambitieux, on ne suggère pas de rivaliser avec l'Otan", a insisté Mme Mogherini, tandis que le secrétaire général de l'Alliance, Jens Stoltenberg, a salué le projet de fonds européen, "une opportunité d'encore améliorer la coopération Otan-UE".

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