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07/06/2017 18:00 EDT | Actualisé 07/06/2017 18:20 EDT

Corbyn, l'improbable chef du Labour devenu le challenger des législatives

Et si c'était lui, la surprise des législatives britanniques? Donné archi-battu, critiqué en interne, raillé par la presse conservatrice, le très à gauche chef du Labour Jeremy Corbyn a mené campagne tambour battant, séduisant par son intégrité et son côté social.

Démonstration de la ferveur qu'il peut susciter: la scène se passe dans le quartier populaire de Southall, dans l'ouest de Londres, où le leader travailliste de 68 ans, fine barbe et cheveux blancs, est attendu.

Une centaine de personnes patientent sous une pluie persistante qui rendrait n'importe qui de mauvaise humeur. Mais pas un "Corbynista", surnom donné aux supporteurs du chef de l'opposition, qui suscite une ferveur que peuvent lui envier tous ses pairs.

Jeremy Corbyn, "c'est un chic type", dit à l'AFP Wendy Mack, 40 ans, en brandissant une pancarte "Votez Labour".

Mais voilà qu'arrive le bus de campagne, déclenchant une véritable cohue: un tambour se met à battre la mesure, les militants jouent des coudes pour se rapprocher.

Accueilli par des "Jeremy!" tonitruants, le leader du Labour déroule son programme, sans oublier de tacler les conservateurs de la Première ministre Theresa May. "Ils ont une idée vraiment brillante, incroyable, ultra-perfectionnée et avant-gardiste... Vous savez ce que c'est? La réintroduction de la chasse au renard!", lance-t-il, goguenard, déclenchant rires et sifflets dans l'assistance.

- 'Humain' -

Un public conquis, complice, de l'enthousiasme... quel contraste avec les meetings policés de Theresa May.

Corbyn est "bien plus authentique que la robotique Theresa May", résume Tim Bale, professeur à l'université Queen Mary de Londres. "Le programme du Labour est de surcroît rempli de promesses positives qui répondent aux préoccupations des électeurs", ajoute-t-il.

Ce pacifiste de toujours sait aussi faire preuve de pragmatisme. A la suite des attentats qui ont émaillé la campagne, il a promis de créer 10.000 nouveaux postes de policiers, pointant les coupes budgétaires des Tories.

Né le 26 mai 1949, Jeremy Corbyn a développé son sens de l'engagement politique auprès de ses parents, un ingénieur et une enseignante, tombés amoureux lors d'une manifestation contre la guerre civile espagnole.

Elevé dans l'ouest de l'Angleterre, le jeune homme ne se passionne guère pour les études. Bac en poche, il part deux ans en Jamaïque pour le compte d'une association caritative. A son retour, il s'installe à Islington, quartier du nord de Londres à l'époque coeur de la contestation gauchiste mais qui s'est depuis beaucoup boboïsé.

Elu depuis 1983 député de cette circonscription, il y vit toujours dans une maison modeste, avec sa troisième épouse, une Mexicaine de 20 ans plus jeune que lui, et se conforme à un style de vie simple. Il est père de 3 enfants.

"C'est quelqu'un d'humain, qui comprend les gens", décrit un des participants du meeting de Southall, Sean McKenna, 16 ans, dans un nouvel exemple de cet indéfectible soutien dont jouit Jeremy Corbyn.

Il ne fait pourtant pas toujours bon d'être le chef de l'opposition au Royaume-Uni quand on incarne l'aile gauche radicale d'un parti toujours sous l'influence de la "troisième voie" centriste de Tony Blair.

- Rebelle -

Les ennuis ont commencé dans la foulée de son élection à la tête du parti, en 2015: Corbyn réalise qu'une partie de l'appareil n'acceptera jamais d'être dirigée par un rebelle qui avait voté 533 fois contre la ligne du parti depuis 1997.

La suite, ce sont des mois de dissensions, de polémiques... La fronde culminera après le vote sur la sortie de l'UE: accusé de n'avoir pas fait assez pour empêcher le Brexit, Corbyn essuie une motion de défiance. Même le conservateur David Cameron, alors Premier ministre, s'y met en déclarant: "Pour l'amour du ciel, partez!".

C'est sans compter avec la détermination et la ténacité de "Jezz", autre trait marquant de son caractère, qui s'appuie une nouvelle fois sur la base pour reconquérir le Labour.

Mais jusqu'à quand? Pragmatique, Sean met en garde: si le Labour descend sous les 150 sièges aux législatives (contre 229 lors de la dernière législature), alors "oui, je crois qu'il devra démissionner".

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