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07/06/2017 12:44 EDT | Actualisé 07/06/2017 13:00 EDT

Brésil: Temer serein en plein jugement crucial pour sa survie politique

Le président brésilien Michel Temer a affiché mercredi une confiance inébranlable au moment où les juges du tribunal électoral, qui pourraient décider de l'évincer du pouvoir, se livraient à des passes d'armes sur la procédure.

Les sept juges du Tribunal Supérieur Électoral (TSE) sont réunis depuis mardi pour statuer sur la validité de l'élection présidentielle de 2014 et pourraient chasser du pouvoir un président au Brésil pour la deuxième fois en un an.

Le scrutin de 2014 a été entaché par des accusations de financement illégal de campagne liées au méga-scandale de corruption Petrobras. Reconduite pour un deuxième mandat, la présidente de gauche Dilma Rousseff avait été destituée pour maquillage des comptes publics et remplacée il y a un an par M. Temer, son vice-président.

Pendant que les magistrats débattaient mercredi matin au sujet des éléments de preuve à inclure dans ce dossier complexe de plus de 8.000 pages, le chef d'État se félicitait de la bonne santé de l'agriculture brésilienne, qui a largement contribué aux premiers signes d'embellie économique la semaine dernière.

"C'est avec cet enthousiasme et cette vigueur que nous allons mener ce gouvernement jusqu'au 31 décembre 2018", a affirmé le chef d'État devant des représentants du secteur agricole, exprimant sa ferme intention d'aller jusqu'au terme de son mandat.

"Quand on voit comment se porte notre agriculture, comment peut-on être pessimiste au sujet de l'avenir du Brésil?", a-t-il insisté.

- Signes encourageants -

M. Temer est pourtant en pleine tourmente depuis la révélation, à la mi-mai, d'un enregistrement sonore compromettant dans lequel il semble donner son accord pour acheter le silence d'Eduardo Cunha, ex-député aujourd'hui en prison.

Depuis, les appels à sa démission se sont multipliés, un grand nombre de motions de destitution ont été déposées et la Cour Suprême a ouvert à son encontre une enquête pour corruption passive et entrave à la justice.

Il doit aussi manoeuvrer activement en coulisse pour éviter une défection de ses alliés politiques, qui sont suspendus à la décision du TSE, prise à la majorité simple des sept juges qui composent la cour.

En cas d'invalidation de l'élection, le tribunal devra encore déterminer si M. Temer abandonne le pouvoir immédiatement ou s'il peut rester au palais de Planalto jusqu'à l'épuisement des recours.

"C'est le procès le plus important de la justice électorale, tout le Brésil suit les débats, à la recherche de réponses. Le tribunal se positionne de façon très adéquate", s'est félicité auprès de l'AFP son avocat, Gustavo Guedes, à l'issue de la session de mercredi.

Celle-ci s'est terminée vers 13H00 (16H00 GMT), sans que les juges ne commencent à voter, contrairement à ce qui était attendu.

"Apparemment, il est plus probable que le président s'en sorte, même si l'issue reste incertaine", a expliqué à l'AFP Albert Almeida, directeur de l'Institut Analyse.

Le cabinet de consultants Eurasia Group observe pour sa part "de plus en plus de signes qui montrent que le président Temer pourrait bénéficier de la majorité des votes du tribunal".

- Témoignages controversés -

Avant le début des votes, les magistrats devaient analyser l'inclusion ou non de certaines pièces dans le dossier, ce qui a donné lieu à des débats parfois houleux.

Le président du TSE, Gilmar Mendes, a considéré comme "fallacieuse" l'intention du rapporteur d'inclure des témoignages recueillis après l'instruction.

Les défenseurs de M. Temer et de Mme Rousseff avaient notamment demandé d'exclure les éléments issus de témoignages d'anciens cadres du géant du BTP Odebrecht ayant noué un accord avec la justice en échange de remises de peine.

"Seuls les indiens isolés d'Amazonie ne savaient pas qu'Odebrecht avait noué ces accords avec la justice", ironisait M. Benjamin.

Odebrecht est au coeur du vaste scandale de corruption révélé par l'enquête tentaculaire "Lavage express", qui a révélé des détournements de fonds ayant coûté plus de deux milliards de dollars à Petrobras.

Les grands groupes de BTP s'étaient constitués en cartel illégal pour faire main basse sur les marchés de construction en lien avec des directeurs du géant pétrolier, eux-mêmes désignés par des hommes politiques. Les pots-de-vin servaient ensuite à financer les caisses noires des partis.

La décision finale des juges était attendue pour jeudi, mais les votes n'ayant toujours pas commencé mercredi avant la suspension des débats pour la journée, la cour a déjà prévu des sessions supplémentaires qui pourraient prolonger le suspense jusqu'à vendredi, voire samedi si nécessaire.

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