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07/06/2017 06:57 EDT | Actualisé 07/06/2017 07:00 EDT

Brésil : journée sous tension pour Temer devant la justice électorale

Les sept juges du Tribunal Supérieur électoral (TSE) du Brésil devaient commencer à voter mercredi pour statuer sur la validité de l'élection présidentielle de 2014, une procédure qui pourrait entraîner la chute du président conservateur Michel Temer.

Le début du procès a été marqué par des débats houleux entre juges au sujet des éléments à inclure dans ce dossier complexe, qui comprend plus de 8.000 pages et la transcription de 80 heures de témoignage.

Ce jugement crucial porte sur des accusations de financement illégal de la campagne de ce scrutin qui a reconduit au pouvoir la présidente de gauche Dilma Rousseff, dont M. Temer était le vice-président.

Ce dernier a accédé à la fonction suprême il y a un an, après la destitution fracassante de Mme Rousseff pour maquillage des comptes publics.

Il s'est lui-même retrouvé en pleine tourmente depuis la révélation, à la mi-mai, d'un enregistrement sonore compromettant dans lequel il semble donner son accord pour acheter le silence d'Eduardo Cunha, ex-député aujourd'hui en prison.

Depuis, les appels à sa démission se sont multipliés, un grand nombre de motions de destitution ont été déposées et la Cour Suprême a ouvert une enquête pour corruption et entrave à la justice.

- Débats houleux entre juges -

La plupart des observateurs considèrent que son destin sera scellé par la justice électorale, même s'il tente tant bien que mal de faire bonne figure.

"Le président est serein, il a attend la position du tribunal", a affirmé son avocat, Gustavo Guedes, avant d'entrer dans la salle d'audience.

La décision finale, qui pourrait tomber dès jeudi, doit être prise à la majorité des sept juges qui composent le TSE, mais la procédure peut encore être prolongée de plusieurs semaines si l'un d'eux demande à suspendre les débats pour réexaminer les preuves.

Le procès a formellement débuté le 4 avril, mais a aussitôt été interrompu pour laisser plus de temps à la défense et citer des témoins en lien avec le réseau de corruption du géant pétrolier Petrobras, qui aurait financé la campagne de Mme Rousseff et M. Temer.

Les débats ont repris mardi soir, à Brasilia, et le rapporteur Herman Benjamin, premier à voter, devait annoncer mercredi sa décision, qui pourrait donner le ton de ce jugement à haut risque pour le chef d'État de 76 ans.

Avant le début des votes, les magistrats devaient analyser l'inclusion ou non de certaines pièces dans le dossier, donnant lieu à des débats parfois houleux.

Le président du TSE, Gilmar Mendes, a notamment considéré "fallacieuse" l'intention du rapporteur d'inclure des témoignages recueillis après l'instruction.

- Témoignages controversés -

Les adéfenseurs de M. Temer et de Mme Rousseff avaient notamment demandé d'exclure les éléments issus de témoignages d'anciens cadres du géant du BTP Odebrecht ayant noué un accord avec la justice en échange de remises de peine.

Odebrecht est au coeur du vaste scandale de corruption révélé par l'enquête tentaculaire "Lavage express", qui a révélé des détournements de fonds ayant coûté plus de deux milliards de dollars à Petrobras.

Les grands groupes de BTP s'étaient constitués en cartel illégal pour faire main basse sur les marchés de construction en lien avec des directeurs du géant pétrolier, eux-mêmes désignés par des hommes politiques. Les pots-de-vin servaient ensuite à financer les caisses noires des partis.

Pour le rapporteur Herman Benjamin, le jugement du TSE peut justement servir à améliorer le système de donations de campagne afin que les élections de 2018 disposent de "contrôles plus stricts".

"Ce n'est pas possible que le président Temer paie l'addition de toute l'histoire de la corruption au Brésil", avait argumenté mardi son avocat, Me Guedes.

Mais le procureur Nicolao Dino a rétorqué que l'élection était "clairement entachée d'abus de pouvoir économique".

En cas d'invalidation, la cour devra déterminer si M. Temer abandonne le pouvoir immédiatement ou s'il peut rester au palais de Planalto jusqu'à l'épuisement des recours.

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