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02/06/2017 10:15 EDT | Actualisé 02/06/2017 15:22 EDT

Pourquoi les Jeux olympiques de Tokyo coûteront-ils le double des estimations?

TOKYO — Organiser des Jeux olympiques coûte bien plus cher que ce qu'on promet aux contribuables. Nouvelle preuve: le coût des Jeux d'été 2020 de Tokyo qui sera presque du double des estimations initiales, même après d'importants efforts de réduction de coûts.

L'une des raisons principales de ces gonflements de coûts est que les villes excluent d'importantes sommes associées aux frais connexes quand elles présentent leur dossier de candidature au Comité international olympique (CIO).

«Ces chiffres dans les documents de candidatures sont presque de la fiction», a affirmé Shinichi Ueyama, une spécialiste des politiques publiques japonaises qui a mené une enquête du gouvernement de Tokyo sur les coûts des Jeux.

Les coûts présentés dans ces documents ne comprennent que les éléments principaux, comme les sites de compétitions, afin que les candidatures puissent se comparer facilement. Les frais d'architecture, de sécurité, de transport et autres sont en majeure partie exclus.

Il s'agit d'une pratique répandue, mais bien des contribuables ignorent que les coûts présentés sont incomplets et que la facture réelle sera bien plus élevée.

Le comité organisateur des Jeux de Tokyo a indiqué cette semaine que cette facture s'élève maintenant à près de 17 milliards $ CAN. Quand les Jeux ont été attribués à Tokyo, en septembre 2013, on parlait plutôt de 8,9 milliards $.

En comparaison, les Jeux de Londres, d'abord estimés à 8,75 milliards $, ont en fait coûté 25,7 milliards, $, soit près du triple.

«Plusieurs pays riches et évolués sont de plus en plus au courant de ce modèle et se tiennent loin des JO, a ajouté Ueyama, professeur à l'Université Keio de Tokyo. Si vous menez un sondage dans n'importe lequel pays démocratique, les gens refuseraient que leurs impôts servent à payer de dispendieux événements sportifs.»

L'augmentation des coûts de construction au Japon ainsi que l'ajout de cinq disciplines après que la capitale nippone eut obtenu les JO 2020 ont contribué à faire gonfler la facture. Mais en grande partie, les augmentations sont dues à des coûts qui ne sont pas liés à la construction.

Ces coûts seraient encore plus élevés si le CIO n'avait pas exprimé des inquiétudes à leur sujet.

Les Jeux d'hiver de Sotchi, en 2014, ont coûté 69 milliards $, un prix qui a entraîné le retrait de plusieurs villes intéressées à la course aux JO 2022 et 2024.

Le président du CIO, Thomas Bach, entré en fonctions en 2013, a mis sur pied son Agenda 2020 dans le but de réduire les coûts liés à l'organisation des Jeux olympiques, mais aussi afin de réduire les dommages causés à la marque olympique.

Le CIO encourage maintenant l'utilisation de sites existants ou temporaires au lieu d'en construire de nouveaux. Tokyo a déplacé plusieurs épreuves à l'extérieur de la ville à cet effet.

La gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, a lancé une offensive de réduction des coûts quand elle est entrée en poste l'été dernier, après que des estimations eurent laissé entendre que les JO de Tokyo coûteraient finalement 36,5 milliards $. Ces efforts ont repoussé de six mois la signature d'un accord sur la façon dont les coûts seront divisés entre toutes les parties impliquées.

Cette entente, ratifiée mercredi, a établi que la ville de Tokyo et le comité organisateur fourniront 7,3 milliards $ chacun, tandis que le gouvernement central contribuera à hauteur de 1,9 milliard $.

Les quelque 425 millions $ restants doivent être divisés entre la ville de Tokyo et les autres villes qui accueilleront des compétitions.

Les candidates présentent toujours les coûts estimés les plus bas possible afin de laisser croire à une approche conservatrice, selon un rapport émis l'automne dernier par l'enquête du gouvernement de Tokyo.

Le comité organisateur sera éventuellement dissous et selon les termes de l'entente de la ville hôtesse, les contribuables de Tokyo seront responsables de tout manque à gagner.

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Le journaliste de l'Associated Press à Genève Graham Dunbar à contribué à cet article.