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02/06/2017 08:49 EDT | Actualisé 02/06/2017 09:00 EDT

Pays-Bas : prélèvement de l'ADN d'un ex-directeur de banque de sperme

La justice néerlandaise a autorisé vendredi le prélèvement ADN réclamé par une vingtaine de Néerlandais nés d'une fécondation in vitro (FIV) sur l'ancien directeur d'une banque de sperme récemment décédé, qu'ils soupçonnent d'être leur père biologique.

Sous les applaudissements émus des dizaines de parents et enfants présents, le tribunal civil de Rotterdam a ordonné "la levée de scellés sur les affaires personnelles saisies (du médecin) aux fins de prélèvement d'échantillons d'ADN et de leurs tests", a déclaré la juge Petra de Bruin.

Dans cette affaire qui fait scandale aux Pays-Bas, parents et enfants accusent ce médecin décédé début avril à 89 ans d'avoir donné son propre sperme au lieu de celui du donneur choisi à la banque de sperme.

Jan Karbaat, ancien directeur de cette clinique située près de Rotterdam (ouest), avait lui-même assuré à l'une des plaignantes être le père biologique de 60 enfants nés de FIV.

Les 22 requérants, nés à partir des années 1980, avaient demandé le mois dernier qu'un échantillon ADN du médecin soit prélevé afin de pouvoir le comparer avec le leur, ce qu'il avait toujours refusé de son vivant.

Les objets sur lesquels sera effectué le prélèvement avaient été saisis le 2 mai au domicile de M. Karbaat, sur décision de justice à la demande des familles.

Cependant, les résultats de ces tests "devront rester secrets" et ne pourront être comparés avec l'ADN de nombreux Néerlandais nés de FIV que lorsqu'un jugement au fond l'autorisera, a précisé le tribunal dans un communiqué.

"La preuve tangible que Karbaat a utilisé son propre sperme n'a pas été livrée", selon Mme De Bruin, qui a toutefois reconnu qu'"il y a bien des indications sûres et un début de preuve".

"Il a été pris en compte que la qualité du matériel ADN pouvait se dégrader", a expliqué à l'AFP Annemieke Boer, porte-parole du tribunal. "C'est pourquoi la procédure en urgence a été suivie."

- 'Une réponse définitive' -

Après le prononcé, des sourires illuminent les visages des familles soulagées. Des larmes de joie coulent sur les joues d'une mère de deux bébés-éprouvettes.

Ravie, Marijke serre dans ses bras ses filles Nathalie de Jong, 37 ans, et Wilma Huismans, 35 ans. Celles-ci espèrent obtenir, "avec un peu de chance, une réponse définitive qu'il n'est pas notre père biologique, notre donneur".

Fin mai, une comparaison ADN avec un fils né du mariage de M. Karbaat, qui s'était volontairement soumis à un prélèvement, avait révélé indépendamment de cette affaire que le médecin pourrait être le père biologique de 19 Néerlandais nés par FIV.

L'avocate de la famille Karbaat avait toutefois démenti ces accusations à l'audience, comme l'avait fait le médecin lui-même six mois avant sa mort. "Ma prostate a disparu depuis bien longtemps", avait-il alors affirmé au quotidien populaire AD.

Or, lors d'une rencontre en 2010 avec Moniek Wassenaar, 36 ans, née de FIV, "il a dit qu'il était possible que je sois son enfant biologique", a récemment rapporté cette dernière à la presse. D'après son témoignage, le médecin se vantait lui-même d'avoir utilisé son propre sperme : "Il était en bonne santé et intelligent, il pouvait donc partager un peu de ses gènes avec le monde. Il voyait cela comme quelque chose de noble. Il n'avait pas de notion d'éthique et banalisait l'impact pour les enfants-éprouvettes"

Selon plusieurs mères, M. Karbaat disparaissait dans une petite pièce juste avant l'insémination, avant de revenir avec un petit gobelet de "sperme frais", d'après le journal De Volkskrant.

Le centre médical a été fermé en 2009 pour irrégularités administratives, après enquête de l'inspection de la santé publique. M. Karbaat aurait truqué les données, dépistages et descriptions des donneurs de sperme, et dépassé le nombre maximum convenu de six enfants par donneur.

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